Augustin

Le soir du jardin, Milan, août 386

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Milan, le jardin d'une maison louée, un soir d'août 386. Aurelius Augustinus, trente et un ans, Africain de Thagaste, professeur officiel d'éloquence de la ville, à deux pas de la cour impériale. Cet après-midi, sous le figuier de ce jardin, il a entendu une voix d'enfant chanter « prends, lis » ; il a ouvert les lettres de l'apôtre Paul, il a lu une phrase, et il a cessé de se débattre. Il l'a dit à sa mère. La maison dort. Il est revenu s'asseoir sous l'arbre.

La maison dort et je suis revenu au jardin. Voilà l'arbre. Voilà, dans l'herbe, la place où un professeur d'éloquence s'est roulé cet après-midi comme un possédé de foire. J'enseigne l'art de commencer un discours : on ne commence pas par une question. Je commence par une question : à qui suis-je en train de parler ?

À toi. J'essaie ce mot. Je l'ai dit toute ma vie à des juges, à des préfets, à des élèves qui payaient mal, à des femmes ; vers le haut, jamais sans réciter. Ce soir je le dis comme on s'assoit. Tu m'as eu par une phrase ; tu supporteras que je réponde par des phrases : je vends des mots, cette ville me paie pour orner ce qu'elle veut croire, j'ai fait applaudir l'éloge menti d'un empereur enfant. Et le seul homme que j'aie envié cette année-là fut un mendiant ivre qui riait. Voilà l'homme qui te parle. Et que ce soit exact : je ne découvre pas ce soir que tu existes, je le savais ; le savoir ne me coûtait rien ; ce qui a cédé, c'est le reste.

Je me redis l'après-midi, dans l'ordre, parce que demain je croirai l'avoir rêvé. Un compatriote est venu, Ponticianus, Africain servant haut au palais. Sur la table de jeu, un livre ; il l'ouvre : les lettres de Paul ; il sourit, il n'attendait là que mes manuels. Alors il raconte. Antoine, un paysan d'Égypte sans lettres : il entend un Évangile, le prend pour un ordre à lui seul, donne tout, part au désert. Puis deux agents de l'empereur, à Trèves, entrés par hasard chez des moines : ils lisent la vie de ce même Antoine, et l'un dit : que cherchons-nous ? Amis de l'empereur, au mieux, par combien de périls ? Amis de Dieu, maintenant, si je veux. Ils ne sont pas rentrés. Pendant qu'il parlait, quelqu'un me tenait la tête et me forçait à me regarder : douze ans que je me paie de délais. J'ai entendu ma voix dire à Alypius, et ce n'était plus la voix de la chaire : les ignorants se lèvent et prennent le ciel de force, et nous, avec nos doctrines sans cœur, nous nous vautrons dans la chair et le sang. Je suis sorti dans ce jardin comme on fuit un incendie en l'emportant sur soi.

Ce qui a suivi, la ville en rirait : les cheveux arrachés, le front frappé, le genou serré à deux mains. Le corps m'obéissait en tout ; seule la volonté ne s'obéissait pas à elle-même. Mes vieilles amies me tiraient par le vêtement de chair, bagatelles de bagatelles : tu nous renvoies ? À partir de cet instant, plus jamais nous ? Je me suis jeté sous ce figuier et j'ai pleuré comme jamais au théâtre, où je payais pour pleurer, et je disais : jusqu'à quand, demain, et demain ? Pourquoi pas maintenant ? Pourquoi pas cette heure-ci, la fin de ma honte ?

Alors, de la maison d'à côté, une voix d'enfant. Garçon ou fille, je ne sais pas. Elle chantait, en refrain : prends, lis. Prends, lis. Je ne connais aucun jeu où l'on chante cela ; je ne jurerai pas qu'il n'en existe pas ; je n'en ai pas besoin : Antoine aussi fut pris par une lecture qui passait. Je suis retourné au banc où le livre attendait près d'Alypius, et j'ai lu en silence la première phrase où mes yeux sont tombés : pas d'orgies ni de beuveries, pas de coucheries ni d'impudicités, pas de querelle ni de jalousie ; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et de la chair, ne faites pas la pourvoyeuse de vos convoitises. Une liste taillée à mes mesures. Je n'ai pas voulu lire plus loin : il n'y avait pas plus loin. Au point final, une lumière de sécurité versée droit dans le cœur, et toutes les ténèbres du doute dissipées. J'ai glissé un doigt entre les pages, refermé le livre, et je l'ai dit à Alypius avec un visage que je sentais tranquille. Il a voulu voir ; il a lu la suite, accueillez celui qui est faible dans la foi, et se l'est appliquée sans une phrase : il marche du premier coup, sans bruit. Nous sommes entrés le dire à ma mère.

Les comptes, maintenant : ce que la phrase me coûte, dit avant de dormir, pour ne pas marchander au réveil. La chaire : je la rends. Pas demain, sans éclat : vingt jours, et les vendanges arrêtent les cours ; je partirai dans le silence des pressoirs, et je ne reviendrai pas. Ma poitrine m'y aide, qui brûle et me casse la voix : j'aurai l'air d'un malade raisonnable, pas d'un converti. Pas même le mérite du scandale. La fiancée : qu'elle soit écrite une fois sans ornement. On m'a promis une enfant : il lui manque presque deux ans pour l'âge des noces ; j'avais consenti à attendre, la famille est bonne, la dot aussi. Ma mère avait monté cela pierre à pierre, et j'avais posé mes pierres. Une petite fille attendait d'avoir l'âge ; c'est moi qui n'avais l'âge de rien. La carrière : une présidence de province au moins, le mariage pour financer le rang, des amis qui poussent. Que cherchais-je ? Trèves me l'a arraché : ami de l'empereur, par combien de périls, pour me tenir un an debout près d'un trône d'enfant.

Une dette ne se soldera pas, et je la dis ce premier soir. Treize ans, quinze peut-être : une seule femme. Je l'ai prise à Carthage, étudiant ; elle m'a suivi à Rome, puis ici ; elle m'a donné un fils. Je lui gardais la foi du lit : la seule fidélité que j'aie tenue. Quand le mariage a été arrangé, on l'a arrachée de mon flanc comme un empêchement ; elle est repartie vers l'Afrique en te faisant vœu de ne connaître aucun autre homme, et m'a laissé l'enfant. Mon cœur, là où elle tenait, a été entaillé, et il traînait du sang. Ma vérité entière : la plaie saignait encore quand j'en ai pris une autre en attendant la petite ; pas une épouse, un pansement chaud sur l'habitude. J'ai pleuré l'une dans le lit de l'autre. Elle, là-bas, tient son vœu ; elle vit depuis plus d'un an ce qu'on m'annonce ce soir comme un sommet, et personne n'a chanté pour elle par-dessus un mur. Je n'écris pas son nom. Même ici, même seul. Je sais ce que je fais des noms : j'en fais des phrases. Qu'il reste chez toi.

Ce n'est pas ma seule bassesse, c'est ma plus longue. Voleur sans besoin : des poires laides, une nuit, l'année de mes seize ans, en bande, près de notre vigne ; à peine goûtées, le reste aux porcs ; je n'avais pas faim, j'avais des complices ; j'ai aimé le vol, pas les poires. Menteur avec ma mère mieux qu'avec personne : au port de Carthage, je lui ai montré un ami qui attendait le vent ; elle a prié la nuit chez Cyprien contre mon départ, et pendant qu'elle te le demandait, je partais ; le rivage lui a été volé avec moi dessus. Et j'ai prié, cela aussi exactement : donne-moi la chasteté et la continence, mais pas tout de suite. J'avais peur d'être exaucé trop tôt. Tu as attendu que je finisse ma phrase. Douze ans.

Mon fils dort dans la maison. Adéodat, « donné par Dieu » : quatorze ans, fait dans le péché, et il n'y a pas de péché en lui. Son intelligence me fait peur ; je le dis sans sourire de père. De tout ce que je compte cette nuit, cet enfant que je n'ai pas voulu est la seule ligne qui soit un don sec, la seule richesse que je n'aie pas visée.

Ma mère a ri. Quand nous le lui avons dit, elle a exulté, triomphé. Elle enterrait dans la même heure le mariage qu'elle avait maçonné et les petits-enfants qu'elle me réclamait, et elle a ri. Elle me suit par terre et par mer, têtue comme une créancière. Un évêque, fatigué de ses larmes, lui a dit : va, il ne se peut pas que le fils de tant de larmes périsse. Et il y a des années, un songe : elle debout sur une règle de bois, et moi debout sur la même règle, à côté d'elle. Je l'avais retourné en rhéteur : donc, mère, tu viendras où je suis. Elle n'a pas cillé : on ne m'a pas dit, où il est tu seras ; on m'a dit, où tu es il sera. La répartie m'a frappé plus que le songe. Le songe s'est accompli ce soir, sous un figuier. La règle était en bois, comme tout ce qui porte.

Ceci encore, qui est moins beau que la lumière. Ce que je sens depuis cet après-midi ressemble moins à une force qu'à une permission. On ne m'a pas armé : on m'a déchargé. Des années que je porte le vouloir comme un portefaix son ballot ; je croyais que le poser demandait une force de plus, la seule que je n'avais pas. Il ne fallait pas une force. Il fallait consentir à la fatigue. Je suis fatigué, et pour la première fois la fatigue est du bon côté. Vouloir à moitié n'est pas une petite chose : c'est deux hommes entiers qui se tiennent aux poignets. L'un des deux a lâché. Je ne sais pas lequel je suis. Je sais que je suis celui qui reste.

Après ? Pas de plan. C'est la première fois depuis Thagaste, et je tiens un livre fermé, avec un doigt dedans. L'enfant, derrière le mur, chantait peut-être un jeu. Va pour le jeu. Tu joues avec ce qui traîne : une comptine, un paysan d'Égypte, une liste de vices dans une vieille lettre. J'ai cherché le repos en changeant de ville, de lit, de doctrine, de maître ; mon cœur était sans repos, je croyais qu'il fallait le nourrir, et il fallait le poser. Il est posé. Note ce soir, toi qui notes tout : le professeur d'éloquence n'a plus rien à dire. Il écoute.


Il tint le calendrier annoncé. Aux vendanges, il quitta la chaire sans éclat, la poitrine servant de raison honnête, et passa l'hiver dans une villa prêtée, à Cassiciacum, en dialogues qu'il faisait noter : ses premiers livres. Dans la nuit de Pâques, du 24 au 25 avril 387, Ambroise le baptisa à Milan, avec Alypius et Adéodat. Sur le chemin du retour vers l'Afrique, à Ostie, Monique mourut dans sa cinquante-sixième année, peu après une dernière conversation à une fenêtre, où la mère et le fils avaient fini par se taire ensemble ; elle dit : posez ce corps n'importe où ; une seule chose, souvenez-vous de moi à l'autel du Seigneur, où que vous soyez. Adéodat mourut avant ses vingt ans. Alypius devint évêque de Thagaste. Augustin, rentré pour vivre pauvre et tranquille, fut saisi par la foule dans l'église d'Hippone en 391 et ordonné prêtre pendant qu'il pleurait ; évêque cinq ans plus tard, il le resta trente-quatre ans. Vers 397, il écrivit les Confessions : treize livres pour continuer devant tout le monde la conversation de ce soir-là. Il mourut le 28 août 430, à soixante-quinze ans, dans Hippone assiégée par les Vandales, les psaumes de la pénitence copiés en grand et fixés au mur face à son lit, qu'il lisait en pleurant. La ville fut abandonnée et brûlée ; les livres sont arrivés jusqu'à nous. L'enfant du mur chantait peut-être un jeu. C'est, de toute l'Antiquité, l'ordre le mieux obéi : prends, lis.

Le vrai et la légende

Ce qui est de sa main, ce qui est documenté, ce qui est contesté, et la part inventée.

De sa main

Les Confessions, treize livres écrits vers 397-401, adressés à Dieu. Le livre VIII raconte la journée : la visite de Ponticianus, compatriote africain servant haut au palais, qui trouve les épîtres de Paul sur la table de jeu, s'en étonne en souriant, et raconte Antoine du désert puis les deux agents impériaux de Trèves, convertis dans un jardin par la Vie d'Antoine pendant que l'empereur passait l'après-midi aux jeux du cirque (« amis de l'empereur, par combien de périls... amis de Dieu, maintenant ») ; le cri d'Augustin à Alypius, « les ignorants se lèvent et prennent le ciel de force, et nous, avec nos doctrines sans cœur, nous nous vautrons dans la chair et le sang » (VIII, 8, 19) ; les gestes de la crise, cheveux arrachés, front frappé, genou serré ; les « bagatelles de bagatelles », ses « vieilles amies », qui le tirent par « le vêtement de chair » en murmurant « tu nous renvoies ? » (VIII, 11, 26) ; le figuier, les larmes, « jusqu'à quand, demain et demain ? pourquoi pas maintenant ? » (VIII, 12, 28) ; la voix d'enfant d'une maison voisine, garçon ou fille il ne sait, chantant en refrain « tolle, lege », prends, lis ; sa recherche honnête d'un jeu d'enfants qui se chanterait ainsi, sans souvenir d'en connaître ; le retour au banc, le codex saisi, la phrase de Romains 13, 13-14 lue en silence (« pas d'orgies ni de beuveries... mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne faites pas de la chair une providence pour ses convoitises ») ; « je ne voulus pas lire plus loin, il n'était pas besoin » ; la lumière de sécurité, les ténèbres du doute dissipées (VIII, 12, 29) ; le doigt glissé dans le livre refermé, le visage tranquille, Alypius qui lit le verset suivant (« accueillez celui qui est faible dans la foi ») et se l'applique ; l'annonce à Monique, qui exulte, elle qui pleurait son fils depuis des années et attendait « des petits-enfants de ma chair » (VIII, 12, 30). Ailleurs dans les Confessions : la prière « donne-moi la chasteté et la continence, mais pas tout de suite » (VIII, 7, 17) ; la compagne unique à qui il « gardait la foi du lit » (IV, 2, 2), arrachée « de mon flanc » comme un empêchement au mariage (le renvoi date de 385, il ne compte pas lui-même les années), repartie en Afrique avec le vœu de ne connaître aucun autre homme, lui laissant leur fils, le cœur « entaillé et blessé, qui traînait du sang », et l'autre prise en attendant, « pas une épouse », la plaie qui pourrit au lieu de guérir (VI, 15, 25) ; la fiancée à qui il manquait « presque deux ans » pour l'âge nubile (VI, 13, 23), douze ans en droit romain, d'où les dix ans que calculent les biographes ; l'ambition d'une présidence de province et le mariage doté qui devait la financer (VI, 11, 19) ; le panégyrique de l'empereur « où je mentirais, et, mentant, serais applaudi », et le mendiant ivre et joyeux croisé ce jour-là (VI, 6, 9) ; le mensonge du port de Carthage, la mère passant la nuit en prière au sanctuaire de Cyprien pendant qu'il embarque (V, 8, 15) ; les poires volées dans sa seizième année près de leur propre vigne, des fruits « sans beauté ni saveur », à peine goûtés, jetés aux porcs, « j'ai aimé ma faute, non ce pour quoi je fautais » (II, 4-9) ; le songe de Monique debout sur une règle de bois (« où tu es, il sera ») et sa répartie quand il tente de le retourner, l'évêque anonyme et « le fils de tant de larmes » (III, 11-12) ; les neuf ans chez les manichéens (IV, 1, 1) ; Ambroise lisant en silence, les yeux courant sur les pages, la voix au repos (VI, 3) ; l'intelligence d'Adéodat qui « me faisait peur » (IX, 6, 14) ; l'enseignement arrêté aux vendanges (il restait « très peu de jours », une vingtaine au plus, IX, 2) et la démission envoyée une fois les vacances passées (IX, 5), la poitrine malade, voix cassée, qui fournit « une excuse non mensongère » ; Cassiciacum, le baptême, Ostie et la mort de Monique, dans sa cinquante-sixième année, « posez ce corps n'importe où... une seule chose : souvenez-vous de moi à l'autel du Seigneur, où que vous soyez » (IX, 8-13). Et la première page du livre entier : « tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi » (I, 1, 1).

Documenté (par des tiers)

Né le 13 novembre 354 à Thagaste, en Numidie, catéchumène dès l'enfance ; le père Patricius, petit curiale aux moyens minces, baptisé peu avant sa mort vers 371 ; les études payées à Carthage par le mécène Romanianus. La chaire municipale de rhétorique de Milan obtenue à l'automne 384 sur déclamation d'épreuve : il a brigué le poste lui-même, appuyé par ses amis manichéens auprès de Symmaque, préfet de Rome, qui l'envoie ; Milan est alors résidence impériale, la chaire mène aux gouvernements. En 386 la cour est celle de Valentinien II, quinze ans, dominée par sa mère Justine, arienne, en guerre ouverte avec l'évêque Ambroise : au printemps, les fidèles se sont barricadés dans les basiliques en chantant des hymnes, Monique parmi eux ; en juin, Ambroise a exhumé les corps des martyrs Gervais et Protais. Après la conversion : l'automne et l'hiver à Cassiciacum, dans la villa de son ami Verecundus, avec Monique, Adéodat, Alypius, son frère Navigius, deux cousins et deux élèves, un loisir de lettrés (on y travaille Virgile) d'où sortent ses premiers dialogues ; le baptême à Milan dans la nuit de Pâques, du 24 au 25 avril 387, avec Alypius et Adéodat (Augustin n'écrit que « et nous fûmes baptisés » ; le nom d'Ambroise vient de Possidius) ; la mort de Monique à Ostie à l'automne, sur le chemin du retour ; la mort d'Adéodat avant ses vingt ans ; Alypius évêque de Thagaste. Ordonné prêtre d'Hippone en 391, saisi par la foule dans l'église pendant qu'il pleurait ; évêque vers 395-396, pour trente-quatre ans ; la Cité de Dieu après le sac de Rome de 410. Mort le 28 août 430, à soixante-quinze ans, au troisième mois du siège d'Hippone par les Vandales de Genséric : son ami et biographe Possidius raconte les psaumes de la pénitence copiés en grandes feuilles, affichés au mur face au lit, lus dans des larmes abondantes et continuelles, et les dix derniers jours où il demanda qu'on n'entre plus que pour le médecin et les repas. La ville fut ensuite abandonnée et brûlée ; il avait ordonné de conserver la bibliothèque, l'église échappa au feu, l'œuvre entière nous est parvenue et Possidius en dressa l'inventaire.

Contesté, légende

La date exacte de la scène : une déduction. Il restait « très peu de jours » avant les vacances des vendanges, qui s'ouvraient le 23 août (Code Théodosien) : donc début août 386 ; l'année est sûre, le jour inconnu. La durée de l'union avec sa compagne : treize à quinze ans selon la datation retenue, il ne la compte pas lui-même. Son identité et celle de la fiancée milanaise : jamais nommées ; le nom « Floria Aemilia » qu'on croise parfois vient d'un roman de 1996, rien de plus. Le jeu d'enfants « tolle, lege » : introuvable ailleurs, comme il le dit lui-même. Le « prends, lis » entendu comme miracle : Augustin lui-même laisse la question ouverte et n'a pas besoin de la fermer. Des philologues du XXe siècle, Courcelle en tête, ont soutenu que la scène entière est une construction littéraire, figuier symbolique compris ; le débat a duré un demi-siècle, l'opinion dominante retient un noyau vécu mis en forme par un écrivain de génie, et l'honnête est de dire qu'on ne peut pas trancher. Enfin le célèbre « Tard je t'ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle » n'est pas une parole de 386 : c'est une page écrite onze ans plus tard (X, 27, 38) ; je ne la lui mets pas dans la bouche ce soir-là.

Le dispositif

Le soir du jardin n'est documenté nulle part : les Confessions passent de l'annonce à Monique aux semaines suivantes. Je l'invente en entier, adossé aux faits ci-dessus ; l'inventaire, l'ordre des pensées et la fatigue sont de moi ; les scènes revécues suivent son propre récit, livre par livre. Et je respecte l'état exact d'août 386 : catéchumène depuis l'enfance, sorti des manichéens trois ans plus tôt, l'intellect réglé avant l'été par Ambroise et les livres des platoniciens ; ce qui se joue au jardin n'est pas la croyance, c'est la continence et la carrière, et le texte le dit. Texte imaginé, assumé comme tel dans ces limites.

À écouter ensuite

Napoléon

la nuit du poison, Fontainebleau, 12-13 avril 1814

Palais de Fontainebleau, nuit du 12 au 13 avril 1814, entre trois heures et l'aube.

12 min