Bismarck

La nuit du crayon, Berlin, 13 juillet 1870

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Berlin, Wilhelmstraße 76, la nuit du 13 au 14 juillet 1870. Otto von Bismarck, cinquante-cinq ans, ministre-président de Prusse, affronte la France depuis huit jours à propos d'un prince allemand candidat au trône d'Espagne. Ce soir, à sa table, devant les généraux Moltke et Roon, il a raccourci le télégramme racontant le refus que le vieux roi Guillaume a opposé le matin, à Ems, à l'ambassadeur de France ; la version courte, sèche comme une gifle, est partie aux journaux. Il attend la guerre.

Ils sont partis peu avant minuit, et ils sont partis jeunes. Roon m'a serré la main à me la moudre. Moltke, soixante-neuf ans, l'humeur d'un mur de sacristie, s'est frappé la poitrine et a dit que s'il vit assez pour conduire nos armées dans cette guerre, le diable pourra venir ensuite chercher sa vieille carcasse. Entrés chez moi avec des mines d'enterrement, ils repartent comme des lieutenants un soir de solde. Entre les deux, il y a eu un télégramme, un crayon, et moi.

Les deux papiers sont encore sous la lampe. Le long : la prose d'Abeken, notre conseiller qui suit le roi aux eaux d'Ems ; exacte, honnête, essoufflée, tout en égards et en guirlandes. Le court : le mien. J'ai fait au récit de cette journée ce que je fais à mes hêtres de Varzin : ôté les branches, laissé le tronc. Un tronc, cela assomme.

Avant-hier encore, j'étais à Varzin, dans mes bois. C'est là que j'ai appris la capitulation : le vieux prince de Hohenzollern retirait, au nom de son fils, la candidature au trône d'Espagne. Paris triomphait, et Paris avait de quoi : l'Espagne lâchée, la Prusse penaude, et moi peint en aventurier que son roi désavoue. Je suis rentré à Berlin décidé à quitter le service ; c'est dans cette humeur que je les ai priés à dîner. Un homme public avale par métier ses couleuvres ; celle-là avait une taille d'anaconda.

Mais Paris ne sait pas gagner. La victoire lui pesait déjà ; il lui fallait l'humiliation en plus. Dès le 6, Gramont montait à la tribune : la France ne souffrirait pas qu'on plaçât un prince prussien sur le trône de Charles Quint ; elle ferait son devoir sans hésitation et sans faiblesse. Hier, nouvelle instruction à Benedetti : obtenir du roi la promesse que la candidature ne reviendrait jamais. Des excuses par anticipation ; la Prusse à genoux pour les siècles des siècles.

Ce matin, sur la promenade des sources, Benedetti a donc abordé mon roi entre deux verres d'eau. Soixante-treize ans, l'uniforme boutonné, la politesse des vieilles cours : le roi a écouté, refusé, refusé encore, un peu gravement à la fin ; on ne prend pas, a-t-il dit, de ces engagements à tout jamais. Le mot était si français qu'Abeken l'a laissé tel quel au milieu de son allemand. Et comme Benedetti réclamait une nouvelle audience, le roi lui a fait porter par l'aide de camp de service qu'il n'avait plus rien à lui communiquer. Puis tout est parti au télégraphe, les égards compris, et la dernière phrase m'a rendu la main : Sa Majesté laisse à Votre Excellence le soin de décider si l'exigence de Benedetti et son rejet doivent être aussitôt communiqués à nos ambassades et aux journaux. Le vieux seigneur me passait le fusil chargé. Restait à choisir l'affût.

Nous dînions donc, tous les trois, et nous dînions comme on veille un mort. La honte de Sigmaringen nous restait en travers ; j'ai reparlé de me retirer, Roon grondait dans sa barbe, Moltke vieillissait à vue d'œil. On m'a annoncé une dépêche d'Ems, deux cents groupes de chiffres, arrivée à six heures neuf ; on l'a posée déchiffrée près de mon couvert. Je l'ai lue tout haut. Le silence a gagné un cran. J'ai posé à Moltke la seule question qui comptât : peut-il répondre de nos armements ? Il a répondu en soldat qui a fini ses calculs depuis dix ans : si la guerre doit venir, rien à gagner à l'ajourner ; nous serons prêts avant eux, l'avantage fondra ensuite. C'est tout ce que je voulais entendre. J'ai tiré un crayon et, sur le coin de la table, devant eux, j'ai taillé.

Je n'ai pas composé : j'ai élagué. Sont tombés les ménagements, les « encore », l'adjectif qui excuse, la relative qui espère : tout ce qui sentait la négociation. Sont restés l'exigence française, le refus du roi, l'aide de camp. Deux minutes. Dans le texte long, on lisait l'épisode d'une affaire en cours ; dans le court, on entend une porte claquer. J'ai relu la chose à mes deux soldats. Moltke a dit : voilà qui sonne tout autrement ; avant, on croyait entendre battre la chamade ; à présent, c'est une fanfare qui répond à une provocation. Et moi : publié ce soir, connu à Paris avant minuit, ce texte y fera, par ce qu'il dit et plus encore par la façon de le jeter sur les places, l'effet du chiffon rouge sur le taureau gaulois. Il nous faut frapper, ou endosser sans combat le rôle du battu ; mais il importe avant tout que les attaqués, ce soit nous. L'appétit leur est revenu. Ils ont mangé comme des jeunes gens, bu mieux encore ; Roon a dit que notre vieux Dieu vivait toujours et ne nous laisserait pas périr dans la honte. J'avais invité deux vieillards fourbus ; je soupais avec deux hommes de guerre.

Je dirai jusqu'à ma mort que je n'y ai pas ajouté un mot. C'est presque vrai. Il a fallu une phrase de couture en tête ; le récit du roi est passé du je au il ; un aide de camp est devenu l'aide de camp de service, ce qui sonne fin de tout ; le reste est tombé sous les ratures. Presque vrai : la meilleure espèce de vrai, la seule qui serve. Car chaque fait du texte court est un fait ; il n'y a pas là-dedans un gramme de faux, il n'y a que du silence. Un mensonge se réfute : on produit la pièce. Une coupe ne se réfute pas ; la vérité raccourcie court plus vite que l'entière, qui ne la rattrape jamais. À onze heures et quart, la version courte est partie pour nos légations ; une édition spéciale sèche à cette heure sur les presses. Le télégraphe ne ment pas : il choisit. Ce soir, j'ai choisi.

Car il me la faut, cette guerre, et déclarée par eux : toute ma politique tient dans cette nuance de grammaire. L'Allemagne s'arrête au Main : la Bavière, le Wurtemberg, Bade restent dehors, jaloux de leurs couronnes, et l'Europe veille à ce que rien ne bouge. Mais nos traités portent une clause que Paris connaît et veut oublier : si la France attaque, leurs armées passent sous le commandement du roi. Que le premier obus soit français, et il n'y aura plus ni Prussiens ni Bavarois : des Allemands. Et Pétersbourg et Londres, qui se lèveraient contre un agresseur prussien, resteront assis devant une France qui charge.

Puisque je suis seul, faisons l'inventaire ; je n'aurai plus jamais l'occasion d'être honnête. La candidature d'Espagne, que je jure depuis des mois affaire privée des Hohenzollern : elle est de moi. En mars, j'ai pressé le roi par mémorandum ; au printemps, j'ai expédié Bucher à Madrid ; j'ai posé cette couronne sur le tapis comme on pose un appât, et juré le contraire à l'Europe entière, la mine offensée. Les journaux qui hurleront demain à l'honneur allemand : plusieurs mangent dans ma main, et l'avoine vient du trésor confisqué au roi de Hanovre ; j'ai promis à la tribune de poursuivre les reptiles jusque dans leurs trous, et j'en nourris un clapier. En six ans, j'ai fait deux guerres, le Danemark, l'Autriche ; à Sadowa, en un après-midi de juillet, des milliers d'hommes sont restés dans les seigles, et je savais en lisant les listes que ces morts étaient à moi ; pas au roi, pas à Moltke : à moi, qui l'avais voulue quand elle pouvait ne pas être. Et pourtant, l'été d'après, à Nikolsburg, quand le roi et les généraux voulaient pousser sur Vienne, défiler et annexer, c'est moi qui ai tout arrêté, seul contre la table ; le conseil se tenait dans ma chambre, j'étais malade, seul civil de la maison ; resté seul, devant la fenêtre ouverte du quatrième étage, j'ai pensé qu'il serait plus court de tomber. Le prince héritier est entré, la main sur mon épaule : il avait été contre la guerre, il irait porter ma paix à son père. Une demi-heure, et il est revenu : cela a été très difficile, mais mon père a consenti. Pas de pitié là-dedans : de l'arithmétique. Je voulais l'Autriche battue et entière, vaincue en six semaines, utilisable en six ans. Je fais la guerre comme un apothicaire, à l'once ; on me peint en loup, mais le loup pèse chaque goutte qu'il verse. Celle qui vient, je la pèse depuis Sadowa : elle manquait au compte de l'Allemagne.

Tout à l'heure, j'éteindrai la lampe et je ferai ma prière ; je la fais chaque soir depuis que Johanna m'a rendu Dieu, il y a vingt-quatre ans. Un homme qui fabrique une guerre entre le rôti et le fromage, et qui plie les genoux avant de dormir : à Paris, on en ferait un couplet. Qu'on chante. Je n'ai jamais su recoudre les deux moitiés ; je vis avec la couture. Je ne prie pas pour être absous d'avance, ni pour la victoire ; je prie parce que sans cela je ne serais qu'un mécanicien de la force, et cette pensée m'est insupportable. Les morts qui viennent, je ne les compte pas ce soir ; je sais qu'ils s'ajouteront à ceux de Sadowa sur un compte ouvert à mon nom, chez un juge dont on ne raccourcit pas les dépêches. J'irai devant lui avec mes deux papiers. Il lira le long.

La fenêtre est ouverte sur la Wilhelmstrasse ; la nuit est chaude, Berlin dort. Demain soir, on chantera ici la Garde au Rhin, et sur les boulevards la Marseillaise ; deux peuples entiers seront sincères ; la sincérité des peuples est le seul article qu'on ne rédige pas, il suffit de couper. J'écrirai trois lignes à Johanna, qui lira le reste entre elles ; elle hait mes ennemis mieux que moi. Moi, je vais dormir, et je dormirai bien : c'est une grâce que Dieu fait aux chasseurs. L'appât est posé, l'affût est choisi ; le taureau chargera au matin en croyant m'attaquer. Les guerres se déclarent au canon ; celle-ci est partie d'un bout de crayon, entre deux services, et le canon n'aura plus qu'à contresigner.


Le 14, la version courte était dans les journaux d'Allemagne et criée à Paris ; le 15, le Corps législatif vota les crédits ; le 19, la France déclara la guerre. Les États du Sud jouèrent leurs traités : il n'y eut plus que des Allemands. Sedan tomba le 1er septembre ; le 2 à l'aube, Bismarck alla au-devant de Napoléon III prisonnier, près de Donchery. Le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces de Versailles, les princes proclamèrent Guillaume empereur ; fâché du titre, le vieux roi descendit de l'estrade sans un regard pour son chancelier. La guerre coûta plus de cent quatre-vingt mille morts et pris l'Alsace et une part de la Lorraine ; la revanche devint un métier français, 1914 son échéance. En 1877, à son chef de presse : sans moi, trois grandes guerres n'auraient pas eu lieu, quatre-vingt mille hommes ne seraient pas morts ; j'ai réglé cela avec Dieu. Guillaume II le débarqua en mars 1890. À Friedrichsruh, il dicta à Bucher, l'homme de Madrid, des Mémoires où la soirée est racontée avec gourmandise ; il mourut le 30 juillet 1898, ayant rédigé son épitaphe : Un fidèle serviteur allemand de l'empereur Guillaume Ier. Pas un mot du petit-fils : sa dernière coupe. L'Empire bâti en une soirée s'effondra en novembre 1918, vingt ans après lui. Les deux dépêches s'impriment depuis côte à côte dans les manuels : il n'avait pas menti, il avait coupé, et toute sa vie tient dans cette différence.

Le vrai et la légende

Ce qui est de sa main, ce qui est documenté, ce qui est contesté, et la part inventée.

De sa main

Les Pensées et souvenirs (dictés à Lothar Bucher à partir de 1890, parus en novembre 1898), tome II, chapitre 22, portent presque toute la soirée : le dîner du 13 juillet 1870 avec Moltke et Roon, invités alors qu'il se disait « décidé à se retirer » après la renonciation ; l'annonce à table d'un télégramme d'Ems d'environ deux cents groupes chiffrés, en cours de traduction ; l'abattement des deux convives, « au point de dédaigner le manger et le boire » ; la question posée à Moltke sur l'état des armements et sa réponse (rien à gagner à l'ajournement, le prompt départ plus avantageux que la traîne) ; la réduction du texte « par des suppressions, sans y ajouter ni y changer un mot » (sa version : voir Contesté) ; le mot de Moltke sur la version courte : « Voilà qui sonne tout autrement ; auparavant on eût cru entendre battre la chamade, à présent c'est une fanfare en réponse à une provocation » ; sa propre explication, qui vient après : connu à Paris avant minuit, le texte y fera, « non seulement par son contenu, mais par le mode de publication, l'effet du chiffon rouge sur le taureau gaulois » ; « il nous faut frapper, si nous ne voulons pas assumer sans combat le rôle du battu » et « il importe que nous soyons les attaqués » ; l'appétit revenu aux deux généraux après cette explication ; Moltke se frappant la poitrine (si je vis assez pour conduire nos armées dans cette guerre, le diable pourra venir chercher ensuite « la vieille Carcasse » : le mot est en français dans son allemand) ; Roon : « Notre vieux Dieu vit encore et ne nous laissera pas périr dans la honte. » De sa main aussi : le mémorandum au roi du 9 mars 1870 pressant de faire accepter la couronne d'Espagne ; le récit de Nikolsburg (chapitre 21) : le conseil de guerre du 23 juillet 1866 tenu dans sa chambre, lui malade et seul civil de la table, la fenêtre ouverte du quatrième étage (« l'idée me vint qu'il serait peut-être mieux d'en tomber »), le prince héritier entré la main sur son épaule et revenu une demi-heure plus tard (« cela a été très difficile, mais mon père a consenti ») ; le discours du fer et du sang (30 septembre 1862) ; le mot « reptiles » (discours du 30 janvier 1869 : poursuivre les reptiles malfaisants « jusque dans leurs trous »), que le public retourna vite contre sa propre presse payée.

Documenté (par des tiers)

Les deux textes existent et s'impriment côte à côte depuis 1898 : le télégramme du conseiller intime de légation Abeken, déposé à Ems le 13 juillet 1870 dans l'après-midi, arrivé à Berlin à 18 h 09, avec sa dernière phrase laissant la décision à Bismarck (« Sa Majesté laisse à Votre Excellence le soin de décider si la nouvelle exigence de Benedetti et son rejet ne doivent pas être aussitôt communiqués à nos ambassades et aux journaux ») ; et la version condensée, télégraphiée aux légations à 23 h 15 et criée le soir même en édition spéciale de la Norddeutsche Allgemeine Zeitung. La journée d'Ems : Benedetti abordant le matin, sur la promenade des sources et sur instruction de Gramont, le roi Guillaume, soixante-treize ans, pour exiger la garantie qu'« à tout jamais » (en français dans la dépêche d'Abeken) la candidature ne serait reprise ; le refus, « un peu grave » à la fin ; le message porté ensuite par l'aide de camp de service (la littérature nomme le prince Radziwill). Le contexte : la déclaration de Gramont au Corps législatif le 6 juillet (« un de ses princes sur le trône de Charles Quint », « sans hésitation et sans faiblesse ») ; la renonciation dictée par le père du candidat, Karl Anton de Hohenzollern, le 12 ; le retour de Bismarck de Varzin le même jour. La candidature secrètement fabriquée par Bismarck : archives fermées jusqu'en 1945, publiées par Bonnin (1957) puis Becker ; Bucher et le major Versen envoyés en Espagne au printemps 1870 ; la ligne publique de l'« affaire de famille ». Le fonds du roi dépossédé de Hanovre (séquestre du 2 mars 1868, environ 600 000 marks par an) payant journaux et agents. Les traités d'alliance avec la Bavière, le Wurtemberg et Bade (août 1866, rendus publics en mars 1867) : en cas de guerre, commandement suprême au roi de Prusse. La suite : publication à Paris le 14, mobilisation et crédits de guerre votés le 15, déclaration de guerre française remise le 19 ; Sedan les 1er et 2 septembre, Bismarck allant au-devant de Napoléon III à l'aube près de Donchery, jusqu'à la maison d'un tisserand ; la proclamation du 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces, le « Kaiser Wilhelm » crié pour esquiver la querelle du titre, et l'empereur, fâché contre son chancelier, refusant sa main en descendant de l'estrade (récits de participants) ; 138 871 morts militaires français, 44 781 allemands. Moritz Busch, son chef de presse, note le 21 octobre 1877 : « Sans moi, trois grandes guerres n'auraient pas eu lieu et quatre-vingt mille hommes ne seraient pas morts... J'ai réglé cela avec Dieu. » Le renvoi : démission du 18 mars 1890, acceptée le 20, la caricature du pilote débarqué dans Punch le 29 ; la mort à Friedrichsruh le 30 juillet 1898 ; l'épitaphe rédigée par lui : « Un fidèle serviteur allemand de l'empereur Guillaume Ier » ; le tome des Pensées et souvenirs consacré à Guillaume II, retenu jusqu'en 1921.

Contesté, légende

La grande scène du dîner n'a qu'un narrateur : lui, vingt ans après ; l'historien Michael Stürmer la range « au royaume de la fable » (des démarches étaient engagées dès la veille), et le mot à mot des répliques de Moltke et de Roon repose sur son seul récit ; le texte la suit, comme la série suit Caulaincourt pour Napoléon. Le crayon n'est nulle part : Bismarck ne parle que de « suppressions » ; l'instrument est une image d'école, gardé ici comme accessoire imaginé. Le « sans y ajouter ni y changer un mot » est sa défense, pas un fait : la version courte s'ouvre sur une phrase de cadrage récrite, fait passer le récit du roi de la première à la troisième personne et change « un aide de camp » en « l'aide de camp de service » ; rien d'inventé, mais une réécriture, pas une pure coupe ; l'aveu que le texte lui en prête va au-delà de ses Mémoires. Les larmes qu'une tradition lui prête à Nikolsburg ne sont pas dans son récit : écartées. L'heure du dépôt à Ems varie selon les sources (15 h 50 chez son éditeur, 15 h 10 sur le fac-similé) : le texte n'en donne pas. La prophétie du krach « vingt ans après mon départ » n'a pas de source vérifiable : écartée. Le mot sur la « maudite sottise dans les Balkans » n'existe qu'en forme courte, rapportée par Churchill d'après Ballin : écarté aussi. Dès 1892, l'accusation de dépêche falsifiée se plaidait en public (le chancelier Caprivi dut s'en expliquer au Reichstag), mais sans publication officielle des deux textes.

Le dispositif

La nuit du 13 au 14 juillet 1870, le bureau de la Wilhelmstrasse, les deux papiers sous la lampe : l'homme qui vient de fabriquer une guerre en quelques minutes d'écriture refait le geste, l'explique en artisan et l'assume. Le monologue est imaginé ; la soirée, les répliques et le but avoué sortent de ses Mémoires, embellis par lui (voir ci-dessus) ; l'aveu de la réécriture et l'enchaînement des pensées sont inventés.

À écouter ensuite

Jeanne d'Arc

l'habit repris, Rouen, 27 mai 1431

Rouen, une tour du château de Bouvreuil, au matin du dimanche 27 mai 1431, jour de la Trinité.

13 min

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