Lénine

La nuit de la perruque, Petrograd, nuit du 24 au 25 octobre 1917

14 min

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Petrograd, côté Vyborg, le soir du 24 octobre 1917, le 6 novembre de notre calendrier. Lénine, quarante-sept ans, est recherché depuis juillet comme agent de l'Allemagne. Il se cache, rasé et en perruque, dans l'appartement d'une camarade, rue Serdobolskaïa. Ce matin, le gouvernement a fermé le journal du parti ; cet après-midi, il a fait lever les ponts de la Neva. Le Comité central lui interdit de sortir. À Smolny, l'insurrection commence sans lui.

Le poêle tire mal. J'ai gardé le manteau.

Sur la table, la lampe, un cahier, la perruque. Elle est grise. Elle me fait une tête de sacristain. Depuis l'été, je suis Konstantin Petrovitch Ivanov, ouvrier de l'usine d'armes de Sestroretsk. Le passeport est dans la poche intérieure. La photo est bonne. On m'y prendrait pour un autre.

Huit heures. Margarita Vassilievna n'est pas rentrée.

C'est la deuxième fois aujourd'hui que je l'envoie au comité de district avec un billet pour le Comité central. Le premier est revenu avec une réponse. Attendez. Restez où vous êtes. Le Congrès des soviets s'ouvre demain.

Attendre. Ils ont ce mot dans la bouche depuis septembre.

Un pas dans l'escalier. La clé. Elle entre, le châle mouillé, elle va droit au réchaud.

« Laissez cette cuisine. J'ai mangé aujourd'hui, j'ai mis la bouilloire. Parlez. »

« Les ponts. Ils ont donné l'ordre de lever les ponts à trois heures. Le Nikolaïevski est levé. Ils ont coupé les téléphones de Smolny. Ce matin à cinq heures et demie, les junkers ont cassé les stéréotypes du Rabotchi Pout. »

« Et Smolny ? »

« Le Comité militaire a envoyé des soldats à l'imprimerie. Le journal est ressorti dans la journée. »

« Et l'insurrection ? »

Elle regarde ses mains, rouges de froid.

« Ils disent que tout est prêt. Ils disent qu'on attend le Congrès. »

Les ponts. Quand un gouvernement lève les ponts, c'est qu'il a peur de la rive ouvrière. Kerenski a commencé. Il a commencé, et ils attendent.

Je prends une feuille. Quatre lignes.

« Allez. Je vous attendrai jusqu'à onze heures précises. Et si vous ne venez pas, je suis libre de faire ce que je veux. »

Je plie. Je lui tends.

« Vous ne le remettrez que par Nadejda Konstantinovna. À personne d'autre. »

« Ils diront non. »

« Portez-le quand même. »

Elle repart. La porte. L'escalier. Je suis seul avec la lampe.

Je m'assieds. Je prends le cahier. Celle-là n'est pas pour le Comité central, elle est pour ses membres, un par un, et pour les districts.

« Camarades, j'écris ces lignes dans la soirée du 24, la situation est critique au dernier point. Il est clair comme le jour que maintenant retarder l'insurrection, c'est la mort. »

La plume court. Je n'ai pas besoin de réfléchir, j'ai réfléchi pendant six semaines.

Des questions sont à l'ordre du jour qui ne se règlent pas par des conférences, par des congrès, même par des congrès des soviets, mais par les masses armées. Il faut à tout prix, ce soir, cette nuit, arrêter le gouvernement, après avoir désarmé les élèves-officiers.

« On ne peut pas attendre ! ! On risque de tout perdre ! ! »

Deux points d'exclamation, deux fois. Qu'ils les voient.

« Qui doit prendre le pouvoir ? Cela importe peu en ce moment. »

Attendre le vote indécis du 25, ce serait notre perte, ce serait du formalisme. Le peuple a le droit et le devoir de trancher de telles questions non pas par des votes, mais par la force. L'histoire ne pardonnera pas l'ajournement aux révolutionnaires qui peuvent vaincre aujourd'hui.

« Le gouvernement hésite. Il faut l'achever à tout prix ! »

Et la dernière ligne, seule, en bas de la page : attendre pour agir, c'est la mort.

On frappe. Trois coups, puis deux.

Rahja. La casquette ruisselle. Il souffle dans ses mains.

« Vladimir Ilitch, le Liteïny est à nous. La foule a désarmé les junkers cet après-midi. Les soldats tiennent le pont. »

« Et le Comité central ? »

« Le Comité central vous demande de ne pas bouger. »

Je lui donne la lettre.

« Au comité de district. Qu'on la tape à la machine. Un exemplaire par district, ce soir. Et revenez. »

Il la glisse sous sa chemise. Il repart.

Je marche. Six pas jusqu'à la fenêtre, six pas jusqu'au poêle. Depuis juillet, je compte les pas dans les pièces où l'on me cache.

Juillet. Chez les Allilouïev, la cuvette, le savon, le rasoir. La barbe est tombée dans l'eau par paquets roux. Dans la glace, un inconnu à la mâchoire lourde. Les journaux disaient : espion allemand, vendu à Berlin. J'ai pensé une nuit à me constituer prisonnier, pour plaider. Ils m'auraient tué en route, entre deux gares. J'ai pris le rasoir.

Razliv. Le foin, les moustiques, le cahier sur les genoux, Zinoviev qui tousse dans la cabane. Puis la locomotive 293, la chaleur du foyer sur le visage, Jalava à la manette. La frontière est passée dans la fumée.

Vendu à Berlin. Berlin m'a prêté un wagon, en avril, pour traverser l'Allemagne en guerre. Je l'ai pris comme on prend un pont sur une rivière. J'aurais pris le train du diable pour arriver ici. Le poêle craque.

Onze heures. La pendule de la cuisine.

Personne dans l'escalier. J'ai écrit onze heures précises.

Trois coups, puis deux. Rahja, seul.

« Ils disent non. »

« Eino, je vais à Smolny. »

« C'est interdit. »

« Je sais. »

Il ne dit rien. Il regarde la perruque sur la table.

Je la mets. Je tire la casquette dessus, une casquette qui traînait, huileuse. Je noue le chiffon autour de la joue, comme un homme qui a mal aux dents. Le vieux manteau.

Un mot pour Margarita Vassilievna. Elle m'a fait promettre. Je lui dois une ligne.

« Je suis parti là où vous ne vouliez pas que j'aille. Au revoir. Ilitch. »

Je pose la feuille sur l'assiette, sous la lampe. Rahja ouvre la porte.

Dehors, le vent vient de l'ouest, humide. Il sent la suie et le fleuve. La boue colle aux semelles. La rue est noire, un réverbère sur deux.

Un tramway arrive, vide, une lanterne devant. Nous montons. La receveuse a des mitaines et un visage de fonderie.

« Il va où ? »

« Au dépôt. »

« Pourquoi au dépôt, à cette heure ? »

Elle regarde ma joue bandée, ma casquette.

« Tu tombes de la lune, ou quoi ? »

Je ris sous le chiffon. Rahja me pousse du coude. Le tramway nous lâche à l'angle de la Botkinskaïa et rentre en grinçant.

À pied. Le pont Liteïny. Des feux sur la rive, des soldats, deux mitrailleuses. Ils ne nous regardent pas. Le pont n'est pas levé. La Neva coule dessous, noire, large, rapide. Je sens mes jambes. Je n'ai pas marché depuis juillet.

Rue Chpalernaïa. Deux cavaliers. Des junkers, jeunes, la capote propre.

« Halte ! Laissez-passer ! »

Rahja s'arrête. Je ne m'arrête pas. Je continue, du pas d'un homme qui rentre chez lui avec une rage de dents.

Derrière moi, la voix de Rahja qui bafouille, qui rit trop fort, qui cherche ses poches. Il a deux revolvers dans ces poches. Je le sais. Il le sait.

« Laisse. Des vagabonds. »

Les sabots repartent. Rahja me rattrape. Il ne dit rien. Moi non plus. Le cœur bat dans la joue bandée.

Smolny. Toutes les fenêtres allumées sur trois étages, la maison bourdonne comme une ruche. Des feux devant la grille, des soldats par centaines.

À la grille, on demande les laissez-passer. Rahja tend les nôtres.

« Ils ne valent plus rien. On les a changés ce soir. »

Derrière nous, une foule de soldats pousse et crie. Rahja pousse avec elle, la fait tanguer, hurle plus fort qu'eux. On nous porte. Nous passons. Personne n'a vu Konstantin Petrovitch Ivanov.

Les couloirs. Des soldats partout, les fusils, l'odeur de chou, de capote mouillée, de fumée. Des portes qui claquent. On court.

On me fait asseoir sur un rebord de fenêtre. J'attends. Personne ne me regarde deux fois.

Puis une petite pièce de passage. Trotski. Il lève la tête, il voit la perruque, il ne rit pas.

« Vous êtes venu. »

« Qu'est-ce qui est pris ? »

« Le télégraphe. L'agence télégraphique. La poste et les gares, cette nuit. »

« Et le Palais ? »

« Pas encore. Il faut l'Aurore, la forteresse, les canons. »

« Pourquoi pas tout de suite ? »

Il ne répond pas. Il m'explique. La garnison qui refuse de sortir de la ville, les commissaires dans chaque régiment, les soldats qui ne prennent pas les armes contre le gouvernement mais pour défendre le Soviet, le Congrès qui trouvera demain le pouvoir sur la table.

« Vous allez au compromis ? »

Il continue. La forteresse, l'arsenal, les marins, l'Aurore dans la Neva.

Je l'écoute jusqu'au bout.

« Ah, ça, c'est bien. Ça, c'est très bien. »

Podvoïski entre, ressort. Toutes les demi-heures, un homme entre, dit un nom de gare, de pont, de poste, et ressort.

Kamenev et Zinoviev. Kamenev a écrit dans le journal de Gorki, il y a six jours, en leur nom à tous les deux, que nous ne devions pas nous soulever. Quinze ans de parti. Ils ont donné notre date à l'ennemi. J'ai écrit : briseurs de grève. J'ai demandé qu'on les chasse. Le Comité central a pris la démission de Kamenev et n'a chassé personne. On verra après.

Et ceux-là, ici, qui attendent l'Aurore comme on attend un train. S'il le faut, je les ferai fusiller aussi. Je le pense, assis dans le coin, et je ne le dis pas encore.

Je ferme les yeux une minute. Rahja est debout contre la porte. Le chiffon sent la sueur.

Une heure et demie. On me secoue.

« La poste centrale. »

Deux heures. La gare Nikolaïevski.

Plus tard, dans le noir des fenêtres :

« L'Aurore est au pont Nikolaïevski. Le pont est rabaissé. »

Six heures. La Banque d'État.

Sept heures. Le central téléphonique. Le Palais n'a plus de téléphone.

Le jour vient gris derrière les vitres. Le Palais tient toujours, avec ses cadets et sa compagnie de femmes.

Dix heures. Je prends une feuille.

« Aux citoyens de Russie ! Le Gouvernement provisoire est destitué. »

Il ne l'est pas. Il le sera dans une heure, dans dix heures, ce soir. Quand ce papier sera collé sur les murs, il le sera.

Je signe : le Comité militaire révolutionnaire. Pas mon nom.

Pas encore.


Le Palais d'Hiver tomba la nuit suivante, le 26 octobre à deux heures dix, six morts ; Kerenski avait quitté la ville la veille au matin dans une automobile de l'ambassade américaine. Cette nuit-là, au Congrès des soviets, le menchevik Dan s'arrêta devant la table où Lénine attendait, encore en perruque, et le reconnut : il était temps d'ôter le masque. Le soir du 26, devant le Congrès, il ouvrit son discours par ces mots : nous allons maintenant procéder à l'édification de l'ordre socialiste. L'Assemblée constituante élue en novembre ne donna aux bolcheviks qu'un quart des voix ; elle siégea un jour, le 5 janvier 1918, et fut dissoute le lendemain. La Tchéka existait depuis décembre. Vinrent la paix de Brest-Litovsk, la guerre civile, la Terreur rouge, la famine : des millions de morts en quatre ans, et l'ordre écrit de sa main, en août 1918, de pendre « pas moins de cent » koulaks « pour que le peuple voie ». Une première attaque le frappa en mai 1922 ; il dicta encore une lettre au parti demandant d'écarter Staline, puis perdit la parole. Il mourut à Gorki le 21 janvier 1924, à cinquante-trois ans. Sa veuve demanda qu'on ne lui élevât pas de monuments. On embauma son corps, on le mit sous verre sur la place Rouge, et Petrograd prit son nom. L'homme qui avait traversé la ville avec une rage de dents feinte est là depuis un siècle, et la Russie n'ose toujours pas l'enterrer.

Le vrai et la légende

Ce qui est de sa main, ce qui est documenté, ce qui est contesté, et la part inventée.

De sa main

Les lettres au Comité central de l'automne 1917 (Œuvres, tome 26) portent le fond du texte : « Les bolcheviks doivent prendre en mains le pouvoir » (12-14 septembre), « La crise est mûre » (29 septembre : « laisser échapper l'occasion présente et "attendre" le Congrès des Soviets serait une idiotie complète ou une trahison complète », et la démission du Comité central présentée pour garder la liberté d'agiter dans le parti), « Conseil d'un absent » (8 octobre : « l'insurrection armée, comme la guerre, est un art », le téléphone, le télégraphe, les gares et les ponts « en premier lieu », la triple audace de Danton), les deux textes des 18 et 19 octobre contre Kamenev et Zinoviev (« briseurs de grève », exclusion demandée), et surtout la « Lettre aux membres du Comité central » écrite « dans la soirée du 24 », que le texte cite telle quelle : « la situation est critique au dernier point. Il est clair comme le jour que maintenant retarder l'insurrection, c'est la mort », « On ne peut pas attendre ! ! On risque de tout perdre ! ! », « Qui doit prendre le pouvoir ? Cela importe peu en ce moment », « Il faut à tout prix, ce soir, cette nuit, arrêter le gouvernement, après avoir désarmé les élèves-officiers », « Ce serait notre perte, ce serait du formalisme d'attendre le vote indécis du 25 octobre ; le peuple a le droit et le devoir de trancher de telles questions non pas par des votes, mais par la force », « L'histoire ne pardonnera pas l'ajournement aux révolutionnaires qui peuvent vaincre aujourd'hui », « Le gouvernement hésite. Il faut l'achever à tout prix ! », « Attendre pour agir, c'est la mort ». De sa main aussi, ce même soir : le refus du repas rapporté par Fofanova (« Laissez toute cette cuisine. J'ai déjà mangé aujourd'hui, j'ai mis la bouilloire »), le billet qu'elle a porté (« Allez. Je vous attendrai jusqu'à onze heures précises. Et si vous ne venez pas, je suis libre de faire ce que je veux », avec l'ordre de ne le remettre que par Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa) et le mot laissé sur une assiette (« Je suis parti là où vous ne vouliez pas que j'aille. Au revoir. Ilitch. ») ; la proclamation « Aux citoyens de Russie ! » datée du « 25 octobre 1917, 10 heures du matin » et signée du Comité militaire révolutionnaire (« Le Gouvernement provisoire est destitué. Le pouvoir de l'État est passé aux mains de l'organe du Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd ») alors que le Palais d'Hiver tenait encore ; le mot au Soviet de Petrograd le 25 à 14 h 35 (« la révolution des ouvriers et des paysans, dont les bolcheviks n'ont cessé de montrer la nécessité, est réalisée ») ; la lettre autographe de Penza du 11 août 1918 (« Pendre, pendre sans faute, pour que le peuple voie, pas moins de 100 koulaks notoires »), qui ne fut pas exécutée telle quelle ; la lettre au Congrès dictée du 23 décembre 1922 au 4 janvier 1923 contre Staline.

Documenté (par des tiers)

Margarita Fofanova, trente-quatre ans, agent de liaison entre Lénine et le Comité central, qui le cachait rue Serdobolskaïa (au dernier étage, sans téléphone) depuis son retour clandestin de Finlande : ses trois courses du 24 au comité bolchevique du district de Vyborg, le refus du Comité central, le départ vers onze heures du soir, le mot trouvé au retour. Eino Rahja, son garde du corps finlandais : lui a porté la lettre aux membres du Comité central au comité de district, où Jenia Egorova l'a dactylographiée pour les districts ; ses souvenirs (cinq versions, de 1924 à 1934, étudiées par Loutski en 1993) sont la seule source du trajet : le vieux manteau, la casquette, la joue bandée d'un chiffon comme pour une rage de dents, le tramway vide qui rentrait au dépôt jusqu'à l'angle de la Botkinskaïa et la receveuse (« Tu tombes de la lune, ou quoi ? »), le pont Liteïny à pied, la foule que Rahja fait tanguer pour passer la grille de Smolny dont on venait de changer les laissez-passer, Lénine assis ensuite sur un rebord de fenêtre. Kroupskaïa et Trotski pour la perruque et les lunettes ; Trotski (Sur Lénine, 1924 ; Ma vie ; Histoire de la révolution russe) pour la petite pièce de passage, le soupçon de compromis et le « Ça, c'est bien ! » traînant, et pour Dan et Skobelev qui, la nuit suivante, au Congrès, s'arrêtent devant sa table et le reconnaissent sous la perruque ; John Reed pour le vent humide d'ouest, la boue, et Smolny « éclairé, bourdonnant comme une ruche géante » le soir du 24. Les faits du 24 (Rabinowitch, protocoles du Comité central) : l'imprimerie Troud fermée par les junkers à cinq heures et demie, huit mille exemplaires saisis, rouverte par le régiment Litovski et les sapeurs ; Kerenski au palais Marie vers 13 h (« une partie de la population est en état d'insurrection ») et la résolution de Dan votée le soir, 123 voix contre 102, qui lui refuse les pleins pouvoirs ; l'ordre de lever les ponts au milieu de l'après-midi, le Nikolaïevski levé, le Liteïny gardé sur toute sa longueur par les soldats du Comité militaire révolutionnaire après le désarmement des junkers par la foule ; les lignes téléphoniques de Smolny coupées ; le télégraphe central pris vers 17 h, l'agence télégraphique après 20 h 30 ; dans la nuit, la poste à 1 h 25, la gare Nikolaïevski à 2 h, l'Aurore qui fait rabaisser le pont Nikolaïevski, la Banque d'État vers 6 h, le central téléphonique à 7 h ; Kerenski parti le 25 à 11 h dans une automobile de l'ambassade des États-Unis ; le Palais d'Hiver pris le 26 à 2 h 10, six morts, cinquante blessés. Le Comité central du 10 octobre chez Soukhanov, quai de la Karpovka (dix voix contre deux, Lénine rasé et en perruque, « tout à fait comme un pasteur luthérien » selon Kollontaï, la résolution au crayon sur une feuille de bloc-notes quadrillé) et celui du 16 à Lesnoï (dix-neuf contre deux, quatre abstentions) ; l'article de Kamenev dans le journal de Gorki le 18, la démission de Kamenev acceptée le 20 par cinq voix contre trois, sans qu'aucune exclusion soit mise aux voix. Juillet : l'accusation publique d'agent de l'Allemagne le 5, Lénine caché le jour même, le projet de se livrer abandonné faute de garantie contre un lynchage, la barbe rasée de sa main chez les Allilouïev le 9, le fenil puis la cabane de Razliv avec Zinoviev, la locomotive 293 de Hugo Jalava vers la Finlande le 9 août et au retour ; en avril, le wagon à travers l'Allemagne organisé avec Fritz Platten. Après : Constituante élue en novembre (bolcheviks 23 %, SR 38 %), dissoute le 6 janvier 1918 ; Tchéka du 7 décembre 1917 ; attaques de mai 1922, de la nuit du 15 au 16 décembre 1922, parole perdue le 10 mars 1923 ; mort à Gorki le 21 janvier 1924 ; Kroupskaïa dans la Pravda : « Ne lui élevez pas de monuments, pas de palais à son nom, pas de fêtes pompeuses en sa mémoire. »

Contesté, légende

La date du retour de Finlande (fin septembre selon Rahja et Fofanova, 7 octobre pour la version officielle de 1935, 9-11 octobre pour Startsev). Chez Rahja, tout ce qui varie d'une version à l'autre : les junkers à cheval (trois en 1924, deux en 1927), les revolvers dans les poches, l'ivrogne joué, les laissez-passer exigés au pont ; Loutski tient la patrouille pour douteuse, et le pont, non levé, était tenu d'un bout à l'autre par le Comité militaire révolutionnaire ; le texte garde les deux cavaliers en les prenant chez Rahja. La receveuse qui annonce la révolution et à qui Lénine explique comment agir : légende, Rahja ne lui donne qu'une réplique. Les couleurs des laissez-passer de Smolny : incertaines. La perruque au départ vient de Kroupskaïa et de l'imagerie, pas de Rahja. Les heures de la nuit : la moitié seulement des heures soviétiques est établie. L'« or allemand » : les documents Sisson sont des faux ; l'argent de Berlin versé à la propagande bolchevique par le canal de Parvus est attesté dans les archives allemandes, ce que Lénine en savait ne l'est pas ; le texte ne lui fait avouer que le wagon. La menace de faire fusiller les membres du Comité militaire révolutionnaire, rapportée par Podvoïski, date de la journée du 25 ; elle est ici une pensée de la nuit. Staline rasant Lénine en juillet, Lénine pelletant le charbon de la 293, Staline sauvant le journal le 24 au matin : trois légendes staliniennes. L'assaut du Palais d'Hiver d'Eisenstein : une nuit de délais et six morts. Le « Nous allons maintenant procéder à l'édification de l'ordre socialiste » du 26 est rapporté par Reed, pas dans les Œuvres.

Le dispositif

Du soir du 24 octobre au matin du 25 (le 6 et le 7 novembre du calendrier grégorien) : l'appartement de Fofanova, le billet de onze heures et la lettre au Comité central, le mot sur la table, le tramway, le pont, les cavaliers, la grille de Smolny, le rebord de fenêtre, la petite pièce où tombent les nouvelles, la proclamation de dix heures. Un « je » sec, pressé, moqueur, qui compte les ponts comme un joueur d'échecs compte les cases. Imaginé : les paroles de Fofanova et de Rahja dans l'appartement, l'ordre exact des heures de la soirée, le rire sous le chiffon, les répliques de Trotski hors celles que Trotski rapporte, le sommeil sur la chaise, les pensées ; les mots des lettres, du billet, de la receveuse et de la proclamation sont ceux des sources.

À écouter ensuite

Jeanne d'Arc

l'habit repris, Rouen, 27 mai 1431

Rouen, une tour du château de Bouvreuil, au matin du dimanche 27 mai 1431, jour de la Trinité.

13 min

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Narration · Lénine
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