Louis XIV

Le premier soir du pouvoir, Louvre, 10 mars 1661

13 min

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Palais du Louvre, la nuit du 10 mars 1661. Le cardinal Mazarin, qui gouvernait la France depuis dix-huit ans, est mort la veille à Vincennes, entre deux et trois heures du matin. Ce matin à sept heures, Louis XIV, vingt-deux ans, a dit à ses ministres qu'il n'y aurait plus de premier ministre. Tous ont promis d'obéir. Pas un ne le croit.

Il fait froid dans le Louvre. Bontemps a remis du bois ; le feu prend mal.

Onze heures. Saint-Germain-l'Auxerrois vient de sonner, je compte encore les coups. À Vincennes, on veille le Cardinal. Ici, la reine dort ; elle porte un enfant, on la fait dormir tôt. Ma mère est chez elle, de l'autre côté de la cour. Elle ne dort pas. Je le sais comme je sais qu'il pleut.

Sur la table, deux papiers.

L'état des finances que Monsieur Fouquet m'a remis ce soir, d'une belle main, les recettes en marge, tout en ordre. Et l'autre, que Colbert m'a fait passer sans un mot, plié en quatre. Les mêmes années. Pas les mêmes chiffres.

Je relis le premier. Il est rassurant. Je relis le second. Entre les deux, il manque des millions, et ce ne sont pas les mêmes millions d'une page à l'autre.

Je ne sais pas encore ce que je ferai de ces deux feuilles. Je sais que je les garde.

Hier, Vincennes. Trois heures du matin.

Un pas dans la chambre, puis ce silence qu'on fait autour d'un roi quand on n'ose pas. J'ai ouvert les yeux. Ma nourrice était debout près du lit ; elle couche dans ma chambre depuis que je suis né. Je l'ai regardée. Un regard, rien d'autre, pour ne pas réveiller la reine.

Elle a baissé la tête.

Je me suis levé sans bruit. J'ai passé dans le cabinet, j'ai fermé la porte, et j'ai pleuré, longtemps, la bouche dans la manche. Puis j'ai pris une feuille. Deux heures, seul, à écrire le règlement de ma vie, comme on écrit un ordre de bataille. Travailler deux fois par jour, régulièrement. Ne point prendre de premier ministre. Voir tout.

À sept heures, j'ai fait sortir la cour de Vincennes. On ne commence pas un règne dans la chambre d'un mort.

Ce matin, sept heures, ici. Convoqués hier soir pour sept heures précises. Le chancelier Séguier, Monsieur Fouquet, Le Tellier, Lionne, les deux Brienne, les secrétaires. Huit hommes debout. Je ne les ai pas fait asseoir.

« Monsieur, je vous ai fait assembler avec mes ministres et mes secrétaires d'État pour vous dire que jusqu'à présent, j'ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu Monsieur le Cardinal. Il est temps que je les gouverne moi-même. Vous m'aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai. »

Séguier s'est incliné. Bas. Il s'inclinait déjà ainsi devant Richelieu ; j'étais enfant, je le regardais faire.

« Je vous prie et vous ordonne, Monsieur le chancelier, de ne rien sceller en commandement que par mon ordre. Et vous, messieurs les secrétaires d'État, de ne rien signer, pas même une sauvegarde ni un passeport, sans mon commandement, et de me rendre compte chaque jour, à moi-même. »

Puis la phrase que je tenais depuis Vincennes, depuis le cabinet fermé :

« La face du théâtre change. J'aurai d'autres principes dans le gouvernement de mon État que n'avait feu Monsieur le Cardinal. »

Ils ont dit oui. Tous. Monsieur Fouquet le premier, avec ce sourire qu'il a, qui donne l'impression qu'on vient de lui faire plaisir.

Et pendant qu'ils sortaient, j'ai vu le regard de Brienne le jeune glisser vers Lionne. Un regard d'une demi-seconde. Il disait : trois mois. Il aime le bal, la chasse, la comédie ; laissons passer le deuil ; à l'été il nous rendra les affaires.

Ils ont fait leur pari entre eux, dans le couloir. Je le sais. Je ne l'ai pas relevé.

Dix heures. L'archevêque de Rouen s'est fait annoncer. Il préside l'assemblée du clergé, il portait ses affaires au Cardinal. Il est entré en violet, comme moi. Il a fait sa révérence.

« Sire, Votre Majesté m'avait ordonné de traiter avec Monsieur le Cardinal. Le voilà mort. À qui Votre Majesté veut-elle que je m'adresse à l'avenir ? »

« À moi, monsieur l'archevêque. »

Il a attendu. Il attendait un nom.

« Je vous expédierai bientôt. »

Ses yeux ont changé avant sa bouche. Il a refait sa révérence, plus basse que la première, et il est sorti à reculons.

Avant le dîner, on m'a rapporté ce que ma mère a dit ce matin, chez elle, assez haut pour qu'on me le rapporte :

« Je m'en doutais bien, qu'il serait ingrat, et qu'il voudrait faire le capable. »

Ingrat. Je garde le mot. Elle a tenu ma couronne à deux mains pendant la Fronde. Elle s'attendait à s'asseoir à ma droite, ce matin, et à continuer. Elle n'était pas au conseil. Elle n'y sera plus.

Demain j'irai chez elle. Je lui baiserai la main. Elle pleurera. Je ne céderai rien.

Bontemps entre avec les bougies. Il change celle qui fume, il en allume deux. Il attend que je le renvoie. Je ne le renvoie pas.

« Sire, le courrier de Vincennes. »

Le corps est dans la chapelle, tendue de noir. On a mis des gardes. Les neveux se disputent déjà les meubles. Bontemps pose la lettre et recule d'un pas.

Je porte le violet pour lui. La cour est en deuil d'un cardinal : cela ne s'est jamais fait, on ne porte le deuil que des rois et des princes du sang, et il n'était ni l'un ni l'autre. J'ai vu ce matin les vieux courtisans regarder mon habit, et se taire.

Il m'a tenu sur les fonts. Il m'a tenu tout court.

Il m'a appris à lire une dépêche, à lire un visage, à attendre. On m'a rapporté qu'il disait de moi : de l'étoffe pour quatre rois. Et il tenait la bride, comme à un cheval trop cher. Je l'aimais. Je respirais mal de son vivant. Je le dis une fois, cette nuit, à cette bougie, et je n'y reviendrai pas.

Hier, à Vincennes, une heure après son dernier souffle, Colbert a demandé à me parler. Habit sombre, chapeau à la main, une feuille.

« Sire, Monsieur le Cardinal a laissé, en différents lieux, près de quinze millions d'argent comptant. À Sedan, chez le maréchal Fabert. À Brisach. À La Fère. Ici même, à Vincennes. »

« Qui le sait ? »

« Votre Majesté, et moi. »

« Que le surintendant n'en sache rien. »

Il a incliné la tête d'un demi-pouce, pas plus. Cet homme compte comme d'autres respirent. Il hait Monsieur Fouquet ligne à ligne, d'une haine de teneur de livres. Je le garde.

Monsieur Fouquet, maintenant. Il porte un écureuil sur ses armes, et cette devise : jusqu'où ne montera-t-il pas. Ses voleries me sont connues. Je le garde aussi. Il a de l'esprit, il connaît le dedans de l'État mieux que personne, et on ne change pas de caissier au matin d'un règne. Je le consulterai. Je le remercierai. Je signerai en souriant ce qu'il me présentera. Colbert sera derrière lui, mes yeux dans ses caisses.

Il me croit jeune. Il me croit pressé d'aller danser.

Qu'il le croie.

Je regarde le lit. Les draps sont neufs, ourlés, la reine les a fait venir d'Espagne.

À Saint-Germain, j'avais dix ans, je passais les jambes au travers des miens, usés jusqu'à la trame, à cru sur le matelas. La Porte, mon valet, s'en indignait tout haut. Ma robe de chambre était trop courte depuis deux ans. Les gens du Cardinal, eux, avaient des carrosses neufs.

La nuit des Rois, on m'a tiré du lit pour fuir ma propre capitale. Saint-Germain était vide. La cour a dormi sur la paille, et la paille, en quelques heures, est devenue introuvable pour de l'argent. Moi, j'avais un petit lit de camp. Le Cardinal l'avait fait sortir de Paris quelques jours avant.

La fuite était prête depuis des jours. L'enfant était le seul à ne pas le savoir.

Deux ans plus tard, une nuit de février, des hommes de Paris sont entrés au Palais-Royal pour vérifier que je n'avais pas fui. Ma mère a fait ouvrir toutes les portes. Elle les a conduits jusqu'à mon lit. On a tiré les rideaux.

Une bougie s'est approchée de mon visage. J'ai senti sa chaleur sur la joue.

Je n'ai pas bougé. J'ai respiré lentement, la bouche entrouverte, comme on respire quand on dort. Ils sont restés longtemps. Ils sont repartis rassurés. Ma mère a toujours dit que je dormais.

Je me lève. Je vais à la fenêtre. La Seine est noire ; une lanterne bouge sur le pont. Paris dort. Je l'ai vu éveillé.

On est venu deux fois jusqu'à mon lit sans ma permission. Il n'y aura pas de troisième fois.

Il y a moins de deux ans, dans cette cour, en juin, un carrosse attendait. Marie. Dix-neuf ans. Elle partait pour Brouage ; on m'avait décidé pour l'Espagne. Je l'ai menée jusqu'à la portière devant toute la cour. Je pleurais. Devant eux.

Elle m'a regardé, et elle a dit :

« Vous pleurez, et vous êtes le maître. »

La portière s'est fermée. Le carrosse a tourné sous la voûte. Je suis resté dans la cour, les mains vides, avec les gens qui regardaient.

La reine dort à côté. Elle porte un enfant. Je ne pleurerai plus devant eux.

Je me rassieds. Je reprends la feuille de Vincennes. Travailler deux fois par jour, et qu'un bal, une chasse, un deuil, une fièvre n'y prennent rien. Ne point prendre de premier ministre. Jeter les yeux sur toutes les parties de l'État. J'ai commencé ce matin. Des yeux de maître, pas des yeux indifférents. Il n'y en a pas une qui ne me presse d'y porter la main.

Et une chose que je n'écrirai pas sur cette feuille, ni sur aucune : c'est délicieux. Le métier de roi. Je l'ai su ce matin, dans le couloir, en sortant du conseil, seul pendant trois pas.

Minuit sonne à Saint-Germain-l'Auxerrois. Bontemps mouche la bougie qui coule.

Demain, sept heures, le conseil. Le Tellier, Lionne, Fouquet. Trois hommes. Et moi.

« Éveillez-moi à six heures, Bontemps. »

« Oui, Sire. »

Je me couche. Les draps sont froids. Tout lit m'est bon ; je sais depuis mes dix ans qu'on peut me le reprendre.

Je dors.


Le 5 septembre 1661, à Nantes, au sortir du conseil, d'Artagnan arrêta Fouquet ; c'était le jour des vingt-trois ans du roi. Le surintendant avait vendu en août, croyant plaire, la charge de procureur général qui le protégeait du Parlement, et prêté au roi le million du prix ; sa perte était résolue depuis le printemps, bien avant la fête de Vaux. Treize juges votèrent le bannissement, neuf la mort ; Louis aggrava la sentence en prison perpétuelle, et Fouquet mourut à Pignerol en 1680. Le conseil se réunit ensuite jour après jour pendant cinquante-quatre ans ; Saint-Simon écrira qu'avec un almanach et une montre, on pouvait, à trois cents lieues de lui, dire avec justesse ce qu'il faisait. Gangrené, il tint encore son conseil des finances le 24 août 1715, et mourut le 1er septembre au matin, à quatre jours de ses soixante-dix-sept ans. Le 26 août, aux officiers en larmes : je m'en vais, mais l'État demeurera toujours. Au dauphin de cinq ans : Mignon, vous allez être un grand roi ; j'ai trop aimé la guerre, ne m'imitez pas. Voltaire, vingt et un ans, vit passer le convoi vers Saint-Denis : des tentes au bord du chemin, on y buvait, on y chantait, on y riait. La postérité lui a forgé le mot qui manquait à sa légende, l'État c'est moi ; aucun témoin ne l'a entendu. Le mot vrai est celui du lit de mort, et il est plus orgueilleux encore : soixante-douze ans de métier avaient fait un État qui pouvait perdre son roi.

Le vrai et la légende

Ce qui est de sa main, ce qui est documenté, ce qui est contesté, et la part inventée.

De sa main

Les Mémoires pour l'instruction du Dauphin, rédigés sur ses notes à la fin des années 1660, s'ouvrent sur cette année 1661 et portent presque tout le fond du texte : « la paix générale, mon mariage, la mort du cardinal Mazarin m'obligèrent à ne pas différer davantage ce que je souhaitais et que je craignais tout ensemble depuis si longtemps » ; la résolution de ne point prendre de premier ministre et de « ne pas laisser faire par un autre la fonction de roi pendant que je n'en aurais que le titre » (la formule « rien de plus indigne que de voir d'un côté toute la fonction et de l'autre le seul titre de roi » est une variante de la révision de Pellisson sur son texte) ; « je m'imposai pour loi de travailler régulièrement deux fois par jour » ; « je commençai à jeter les yeux sur toutes les diverses parties de l'État, et non des yeux indifférents, mais des yeux de maître » ; le choix des trois ministres (Le Tellier, Fouquet, Lionne) ; l'aveu sur Fouquet : « dès ce temps-là ses voleries m'étaient connues », gardé pourtant pour son esprit et sa « grande connaissance du dedans de l'État », avec Colbert donné en contrôle « pour prendre avec lui mes sûretés » ; et la dissimulation revendiquée : l'éloge du « secret dans lequel j'avais tenu, durant trois ou quatre mois, une résolution de cette nature », la lettre à sa mère du 5 septembre 1661 (« il y a longtemps que je l'avais sur le cœur »). La phrase sur le métier de roi « grand, noble et délicieux » est de sa main aussi, mais sur un feuillet que l'édition Dreyss rattache à 1679 : elle est tissée ici par anticipation.

Documenté (par des tiers)

Mme de Motteville, présente : la mort de Mazarin à Vincennes le 9 mars 1661 « entre deux et trois » du matin, au rez-de-chaussée du pavillon du Roi où logeait aussi le roi ; le roi s'éveillant qui interroge sa nourrice d'un signe de l'œil, pour ne pas réveiller la reine ; ses pleurs ; les deux heures enfermé seul « pour travailler au règlement de sa vie et de ses affaires » ; le retour de la cour à Paris dès le 9 ; le deuil de cour pris pour le cardinal, « ce qui ne s'étoit jamais fait » (les rois ne le portent que des souverains ou des princes de leur sang) ; la reine grosse d'une espérance de dauphin ; pour janvier 1649, les petits lits de camp que Mazarin avait fait sortir de Paris quelques jours d'avance, la duchesse d'Orléans et Mademoiselle sur la paille, la paille devenue introuvable « pour de l'argent » ; pour février 1651, la reine faisant ouvrir toutes les portes et conduire les Parisiens jusqu'au lit du roi, qu'ils regardèrent longtemps dormir (chez Monglat, Villeroy approche une bougie de son visage) ; pour le 22 juin 1659, le roi menant Marie Mancini à son carrosse « montrant publiquement sa douleur », et le mot rapporté « Vous pleurez, et vous êtes le maître » (chez Motteville même, assorti d'un « à ce qu'on prétend » ; Mme de La Fayette le donne en substance). La Porte, premier valet de chambre du roi : les draps usés au point d'y passer les jambes, « à cru sur le matelas », la robe de chambre portée trois ans devenue trop courte, « pendant que les partisans étoient dans la plus grande opulence ». Brienne le jeune, secrétaire d'État présent : la convocation pour « sept heures précises », les huit assistants, et le discours : « il est temps que je les gouverne moi-même », ne rien sceller en commandement « que par mon ordre », défense aux secrétaires « de rien signer, pas une sauvegarde ni passeport » sans ordre et compte rendu quotidien, « la face du théâtre change » ; de lui aussi, le mot de Fouquet après la vente de sa charge (« me voilà perdu sans ressource ») et le million du prix prêté au roi. L'abbé de Choisy : la visite de l'archevêque de Rouen (François de Harlay de Champvallon, président de l'Assemblée du clergé) le 10 mars et le « À moi, monsieur l'archevêque : je vous expédierai bientôt » ; le dépit d'Anne d'Autriche, dit assez haut : « je m'en doutois bien, qu'il seroit ingrat et voudroit faire le capable » ; le pronostic unanime (« pas un ne crut qu'il eût la force de faire tout ce qu'il disoit ») ; Colbert venu, sitôt les derniers soupirs, révéler au roi près de quinze millions d'argent comptant cachés en différents lieux (Sedan chez le maréchal Fabert, Brisach, La Fère, Vincennes ; l'argent de l'appartement du Louvre disparu avec le valet Bernouin), le secret gardé entre le roi et lui, « le surintendant n'en sut rien » ; les dix-huit gros diamants légués à la couronne « à condition qu'on les appelleroit les Mazarins » ; le double état de finances du soir, que Choisy tient de Pellisson, commis de Fouquet. La donation générale de ses biens au roi (3 mars), rendue le 6 ; la fortune d'environ trente-cinq millions de livres, la plus grande fortune privée du siècle (Daniel Dessert) ; le mémoire de Colbert contre Fouquet dès octobre 1659 ; la devise de l'écureuil (« Quo non ascendet ? » chez Conrart, « Quo non ascendam ? » chez Voltaire), Belle-Île achetée en 1658 sous prête-nom et fortifiée ; les pensions constatées au procès (500 000 francs répartis entre la reine mère, Monsieur et Madame selon l'aveu du comte de Grave ; Lauzun) ; la fête de Vaux du 17 août 1661 (La Fontaine, Loret : Vatel, la création des Fâcheux de Molière, le feu d'artifice) ; la vente de la charge de procureur général à Achille de Harlay, première quinzaine d'août, 1 400 000 livres ; l'arrestation par d'Artagnan, sous-lieutenant des mousquetaires, à Nantes le 5 septembre 1661, au sortir du conseil, jour des vingt-trois ans du roi (coïncidence, aucun texte n'en fait un choix) ; l'arrêt du 20 décembre 1664, treize juges pour le bannissement, neuf pour la mort, la peine aggravée par le roi en prison perpétuelle, un des très rares cas de grâce aggravante (Gui Patin s'en étonne dès le 25 décembre) ; Pignerol, la mort de Fouquet en mars 1680 ; la gangrène annoncée le 24 août 1715, jour où le roi tint encore son conseil des finances « comme s'il étoit en parfaite santé » (Dangeau), la mort le 1er septembre vers huit heures un quart ; les paroles des derniers jours chez Dangeau, témoin : « je m'en vais, mais l'État demeurera toujours » aux officiers le 26 août, et au dauphin, le même jour, « Mignon, vous allez être un grand roi », la guerre entreprise « par vanité », les peuples à soulager (le « j'ai trop aimé la guerre » est du texte que Villeroy fit afficher au chevet de Louis XV, publié par Voltaire) ; Voltaire, présent à vingt et un ans, décrivant les tentes du chemin de Saint-Denis (« on y buvait, on y chantait, on riait ») et les libelles aussitôt répandus ; le mot de Saint-Simon, dans son Parallèle des trois premiers rois Bourbons : « avec un almanach et une montre, on pouvoit à trois cents lieues de lui, dire avec justesse ce qu'il faisoit ».

Contesté, légende

« L'État, c'est moi » : aucun témoin, aucune source des deux siècles suivants ; la formule n'apparaît par écrit qu'en 1791, cent trente-six ans après la séance de 1655 où on la place, et Lémontey la popularise en 1818. Le sommeil joué de février 1651 : les témoins disent le roi endormi ; la feinte est une invention d'Alexandre Dumas (1844), et l'aveu qu'en fait ici le roi est imaginé. La forme célèbre du mot de Marie Mancini (« Vous êtes roi, vous pleurez, et je pars ») est une condensation fixée par Voltaire ; Racine l'avait transposée dans Bérénice (« Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez ») ; le texte s'en tient à la version de Motteville. La grande scène du 10 mars repose sur des mémoires écrits vingt à trente-cinq ans plus tard, et la version de Brienne compresse en une journée des faits étalés du 9 au 11 mars (Janczukiewicz) ; Voltaire donne du « À moi » une version adressée aux ministres. Le mot du mourant « je m'acquitte en vous donnant Colbert » : tradition tardive. « Il y a en lui de l'étoffe de quoi faire quatre rois et un honnête homme » : Mémoires posthumes du maréchal de Gramont. Les montants des caches d'argent : ouï-dire chez Choisy. « Ferons-nous rendre gorge à tous ces gens-là ? » à Vaux : Choisy seul, qui n'y était pas. La fête de Vaux cause de la chute : faux, la perte de Fouquet était résolue depuis mai-juin, et Voltaire le disait déjà ; Daniel Dessert tient d'ailleurs l'essentiel du dossier d'accusation pour une construction de Colbert, et le procès pour truqué. Dans le mot au dauphin, « le goût que j'ai eu pour les bâtiments » est un ajout de Saint-Simon seul, écarté ici ; et la joie du convoi funèbre visait autant le jésuite Le Tellier que le roi, le cortège de nuit relevant du rituel, non d'une fuite.

Le dispositif

La nuit du 10 mars 1661 au Louvre, d'onze heures à minuit : deux états de finances sur la table, celui de Fouquet et celui de Colbert ; le roi de vingt-deux ans revit la journée en scènes (Vincennes et la nourrice, le conseil de sept heures, l'archevêque, le mot de sa mère) et la Fronde en trois nuits, pendant que Bontemps entre et sort et que Saint-Germain-l'Auxerrois sonne. Version 2 du 05/09/2026, écrite après l'étude `reference/max-gallo.md` ; la version 1 du 04/09, un monologue en maximes, a été notée bof. Imaginé : les gestes de la nuit, les entrées de Bontemps et le courrier de Vincennes, les deux états posés ce soir-là (Choisy les place « dans les premiers jours »), l'aveu du sommeil joué de 1651, le pari lu dans un regard ; les paroles du conseil, de l'archevêque, de Colbert, de la reine mère et de Marie Mancini sont celles des sources, et la résolution contre Fouquet, que l'histoire étale sur des semaines, est ramassée dans cette nuit.

À écouter ensuite

Jeanne d'Arc

l'habit repris, Rouen, 27 mai 1431

Rouen, une tour du château de Bouvreuil, au matin du dimanche 27 mai 1431, jour de la Trinité.

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