Saladin
La coupe d'eau, Hattin, 4 juillet 1187
12 min
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Galilée, samedi 4 juillet 1187, avant l'aube, au-dessus du lac de Tibériade. Saladin, sultan d'Égypte et de Syrie, quarante-neuf ans, a juré de reprendre Jérusalem, que les Francs tiennent depuis quatre-vingt-huit ans. Pour les tirer loin de leurs sources, il a attaqué Tibériade ; ils sont venus, toute l'armée du royaume, vingt mille hommes, et ils ont passé la nuit sur un plateau sans une goutte d'eau. Parmi eux, Renaud de Châtillon, le seigneur qui a pillé une caravane en pleine trêve, et qu'il a juré de tuer de sa main.
Ils ont soif, et je tiens l'eau.
Il fait encore nuit. Je n'ai pas dormi. Je vais au pas le long des rangs, je place les archers de l'avant-garde, et partout des mains se tendent vers les ballots de flèches. Quatre cents charges distribuées depuis hier soir. Soixante-dix chamelles en portent d'autres, derrière, à portée de voix.
Là-haut, sur le plateau, vingt mille hommes sont couchés dans leur fer. Ils n'ont pas bu depuis hier matin. Leurs chevaux non plus.
Mes hommes crient toute la nuit, d'une colline à l'autre.
« Dieu est grand ! »
« Il n'y a de dieu que Dieu ! »
Personne ne dort, ni chez eux ni chez nous. C'est ce que je veux.
Mon fils Al-Afdal chevauche à ma gauche. Dix-sept ans. C'est sa première bataille. Il serre trop sa lance. Il ne dit rien, il regarde leurs feux.
J'ai quarante-neuf ans. Il y a deux hivers, à Harran, la maladie m'a tenu couché des mois. Al-Fadil, mon chancelier, y a vu un avertissement de Dieu : que je jure, si je guérissais, de me donner tout entier à la guerre sainte. J'ai juré. Je me suis relevé.
Et il y a, là-haut, un homme que je veux vivant.
Renaud, seigneur de Kérak. Les miens disent Arnat. Cet hiver, en pleine trêve, il est tombé sur la caravane d'Égypte. Les hommes au cachot, torturés ; les ballots dans ses caves. Ils lui ont rappelé la trêve. Il a répondu :
« Dites à votre Mahomet de vous délivrer. »
On m'a rapporté la phrase. J'ai juré de le tuer de ma main. Je l'avais déjà juré une fois, l'hiver où ses navires sont descendus par la mer Rouge vers Médine et La Mecque.
Deux serments. Un seul homme.
Jeudi, j'ai pris Tibériade en une heure. La ville basse a brûlé. La comtesse s'est enfermée dans la citadelle avec ses enfants. Je ne voulais pas la ville. Je voulais que son mari et son roi l'entendent appeler, à Séphorie, au milieu de leurs sources et de leurs jardins, là où je ne pouvais rien contre eux.
Vendredi, au lever du jour, un éclaireur est arrivé au galop.
« Ils marchent. »
J'ai fait lever le siège dans l'heure. Je n'avais attaqué Tibériade que pour cela.
Toute la journée, mes archers ont tourné autour d'eux comme des guêpes. Six lieues de collines nues jusqu'au lac, en juillet, sous le fer, à pied pour la plupart. Leur arrière-garde n'avançait plus. Le soir, ils se sont arrêtés à mi-chemin, sur le plateau. Ils avaient vidé toutes les citernes. Je tenais le lac, et les sources de Hattin.
Le jour vient. Je descends de cheval pour la prière. La terre est déjà tiède sous mon front.
Je ne donne pas l'ordre. J'attends que le soleil monte. C'est lui qui commence.
Ils se remettent en marche, vers les sources. Alors les volontaires mettent le feu aux herbes sèches. Le vent pousse la fumée sur eux. Je la vois entrer dans leurs rangs, grise, basse, et j'entends tousser une armée.
« Maintenant. »
Les tambours. Le ciel se couvre de flèches.
Leurs gens de pied lâchent les premiers. Ils quittent les rangs par centaines, ils grimpent la colline aux deux cornes, ils s'assoient là-haut, la bouche ouverte. De là, ils voient le lac. Le roi leur envoie des cavaliers. Ils ne redescendent pas.
Sans leurs piétons, les chevaux des chevaliers sont nus. Mes archers visent les chevaux.
En tête, le comte de Tripoli, le mari de la comtesse, charge avec les siens, lances basses, droit sur mon neveu Taqi al-Din. Mon neveu ouvre ses rangs. Ils passent au galop dans le vide. Les rangs se referment derrière eux. Le comte ne se retourne pas.
Qu'il coure. Celui-là ne reviendra pas.
Leur grande croix est prise. L'évêque qui la portait est mort.
Il reste le roi. Sa tente est plantée sur la corne : la seule qu'ils aient réussi à dresser. Cinq cents chevaliers se serrent autour.
Ils chargent. Ils descendent la pente, droit sur moi.
Mes hommes plient, refluent jusqu'à mon étrier. J'ai la bouche sèche. Je m'aperçois que je tire sur ma barbe. Je pousse mon cheval en avant et je crie :
« Faites mentir le diable ! »
Ils repartent. Les Francs remontent la colline. À côté de moi, mon fils hurle :
« Nous les avons vaincus ! »
Les Francs chargent encore. Encore jusqu'à nous. Encore repoussés. Mon fils crie de nouveau. Je me tourne vers lui.
« Tais-toi. Nous ne les aurons pas vaincus tant que cette tente ne sera pas tombée. »
Je n'ai pas fini ma phrase. La tente tombe.
Je descends de cheval. Je me prosterne dans la poussière, et je pleure, le front contre la terre, devant mon fils.
Là-haut, ils ont mis pied à terre. Ils sont assis entre les pierres, par centaines, l'épée à côté d'eux. Ils n'ont plus la force de se lever. Mes hommes abattent la tente et les prennent tous.
Mon pavillon n'est pas encore dressé. Je m'assieds à l'entrée, dans le vestibule, et on m'amène les prises une à une : des barons, le seigneur de Gibelet, le maître du Temple. J'ai du sable dans la barbe. Je remercie Dieu à voix haute.
Puis la grande tente est montée.
« Amenez-moi le roi, son frère, et le prince Renaud. »
Le roi Guy entre le premier. Il n'a pas quarante ans. Il vacille : la soif, et la peur. Derrière lui, son frère. Et Renaud. La soixantaine. Il me regarde en face.
Je fais asseoir le roi à côté de moi.
On apporte une coupe de julep, de l'eau de rose glacée à la neige. Je la tends au roi. Il boit comme boit un cheval, sans respirer. Puis il passe la coupe à Renaud. Renaud boit.
Je dis à l'interprète :
« Dis au roi : c'est toi qui lui donnes à boire. Moi, je ne lui ai rien donné. »
L'interprète traduit. Le roi ne comprend pas. Renaud comprend. Il a passé quinze ans dans les prisons d'Alep ; il sait que chez nous le captif qui a bu l'eau de son vainqueur a la vie sauve. Il vient d'apprendre que cette eau n'était pas la mienne.
Je les fais emmener. Qu'on les loge, et qu'ils attendent. Je laisse la peur faire son travail.
Quand je les rappelle, je n'ai gardé près de moi que quelques serviteurs. Je fais asseoir le roi dans le vestibule. Je fais entrer Renaud seul.
Je lui dis tout. La trêve, la caravane, les pèlerins de La Mecque, mes deux serments.
« Me voici. J'ai demandé la victoire par Mahomet, et Dieu m'a donné la victoire sur toi. »
L'interprète traduit. Renaud ne baisse pas les yeux.
« Deviens musulman. »
Il refuse.
Je tire mon sabre. Je frappe à l'épaule. Le bras se détache. Il tombe. Je fais signe : ceux qui sont là l'achèvent et lui tranchent la tête. On traîne le corps dehors, et on le jette à la porte de la tente, aux pieds du roi.
Le roi tremble de tous ses membres. Il croit que c'est son tour. Je le fais entrer. Je lui fais dire :
« Il n'est pas d'usage que les rois tuent les rois. Mais celui-là a passé les bornes, et il est arrivé ce qui est arrivé. »
On lui redonne à boire.
Le soir tombe. Le camp est plein de cordes et d'hommes assis. À côté de moi, Imad al-Din, l'un de mes secrétaires, écrit déjà les lettres de victoire ; son calame grince. Je dicte les ordres. Demain, la citadelle de Tibériade. Si la comtesse demande à partir, elle partira, avec ses enfants, ses gens et ses biens. Puis Acre. Puis la côte. Pour venir jusqu'ici, ils ont vidé leurs villes et leurs châteaux. Il n'y a plus d'armée entre Jérusalem et moi. Elle est là, attachée à mes cordes de tente.
Restent les moines soldats, ceux du Temple et ceux de l'Hôpital. Deux cents, peut-être plus, dispersés chez mes hommes, qui comptent en tirer rançon. Ce sont les plus acharnés de tous leurs guerriers. Vivants, ils reviendront. Je les ferai racheter à ceux qui les tiennent, cinquante dinars par tête. Je ne veux pas de leur rançon. Les docteurs, les soufis, les dévots qui suivent l'armée demanderont chacun le sien. Je les leur donnerai, et je regarderai. Je purifierai la terre de ces deux races impures.
Je le dis sans colère. Ma colère, je l'ai eue tout à l'heure ; elle tenait dans un sabre. Imad al-Din lève son calame, me regarde, et écrit.
Al-Afdal est assis à l'entrée, la lance en travers des genoux. Il n'a plus rien dit depuis que je l'ai fait taire. Il regarde la tache sur le tapis.
On me tend la coupe. Il reste de la neige au fond.
Je bois.
Le surlendemain, devant Tibériade, deux cents Templiers et Hospitaliers furent décapités, un à un, par des lettrés et des soufis qui avaient chacun demandé le sien ; plusieurs s'y prirent si mal qu'on dut les remplacer. Saladin regardait de son estrade, écrit son propre secrétaire, le visage joyeux, et l'ordre courut jusqu'à Damas d'y tuer ceux qu'on y trouverait. Acre se rendit en moins d'une semaine, la côte en deux mois, sauf Tyr ; Jérusalem le 2 octobre 1187, sans massacre, contre rançon : dix dinars par homme, cinq par femme. Ceux qui ne purent payer, des milliers, furent vendus. En 1099, les croisés avaient passé la ville au fil de l'épée. Le pape prêcha la croisade, et l'Europe envoya ses rois : Barberousse se noya en route, Philippe Auguste repartit, Richard Cœur de Lion reprit Acre, y fit égorger près de trois mille prisonniers, battit Saladin à Arsouf et renonça deux fois à assiéger Jérusalem. Les deux hommes ne se virent jamais. Le traité de 1192 laissa la côte aux Francs et la Ville sainte à Saladin. Il mourut à Damas le 4 mars 1193. Il ne laissait ni maison, ni terre, ni jardin ; ses trésoriers lui cachaient de l'argent, sachant qu'il le donnerait. Dans le coffre du maître de l'Égypte et de la Syrie, on trouva quarante-sept dirhams d'argent et une seule pièce d'or. Il fallut emprunter pour l'enterrer, jusqu'au prix de la paille qu'on mêla à l'argile de sa tombe.
Le vrai et la légende
Ce qui est de sa main, ce qui est documenté, ce qui est contesté, et la part inventée.
De sa main
Rien. Saladin n'a laissé ni mémoires, ni journal, ni lettre intime : les lettres parties sous son nom sont l'œuvre de sa chancellerie, le cadi al-Fadil et Imad al-Din, en prose d'apparat. Le « je » de ce texte est donc imaginé d'un bout à l'autre. Ce qui ne l'est pas, ce sont ses paroles et ses gestes, notés par trois hommes de son temps.
Documenté (par des tiers)
Baha al-Din Ibn Shaddad, son juge d'armée, entré à son service en 1188 (absent de Hattin, il tient la scène de ceux qui y étaient ; traduction Richards) : Tibériade prise « en une heure », la citadelle seule tenant ; le sultan assis dans le vestibule de sa tente « car elle n'était pas encore dressée », rendant grâce à Dieu pendant qu'on lui amène les prisonniers ; le roi, son frère et Renaud convoqués ; le julep glacé tendu au roi « terriblement assoiffé », qui en passe à Renaud ; « Dis au roi : c'est toi qui lui donnes à boire, moi je ne lui ai rien donné à boire », et la coutume des Arabes, le captif qui a bu ou mangé chez son vainqueur a la vie sauve ; les prisonniers envoyés à leur logement, puis rappelés devant « quelques serviteurs » seulement ; le roi assis dans le vestibule ; « Me voici, ayant demandé la victoire par Mahomet, et Dieu m'a donné la victoire sur toi » ; l'islam offert et refusé ; le cimeterre, le bras tranché à l'épaule, les assistants qui achèvent, le corps jeté à la porte de la tente, le roi sûr d'être le suivant, et le mot qui le rassure (l'arabe dit « muluk », rois ou princes ; Richards traduit « princes ») ; et, dans le chapitre des vertus du sultan, la caravane d'Égypte saisie en pleine trêve, ses gens maltraités, torturés, mis au cachot, leur rappel de la trêve, la réponse de Renaud, « Dites à votre Mahomet de vous délivrer », et le vœu du sultan, en apprenant le mot, de le tuer de sa propre main ; les trente prisonniers tirés par un seul homme au bout d'une corde de tente, vus dans le Hauran par « quelqu'un de confiance » ; la mort à Damas le mercredi 4 mars 1193, le coffre (quarante-sept dirhams d'argent et une seule pièce d'or de Tyr), « ni maison, ni terre, ni jardin », les trésoriers qui lui cachaient de l'argent parce qu'il l'aurait donné, les funérailles payées d'emprunt « jusqu'au prix de la paille mêlée à l'argile », celle des briques de la tombe. Ibn al-Athir (absent, et peu favorable à la maison de Saladin ; traduction Gabrieli), qui tient le récit d'al-Afdal lui-même, dix-sept ans, « la première bataille que j'aie vue de mes yeux » : les deux charges du roi refoulant les musulmans jusqu'à Saladin, le sultan défait, tirant sur sa barbe, son cri, les deux cris de joie du fils, « Tais-toi, nous ne les aurons pas battus tant que cette tente ne sera pas tombée », la tente qui tombe comme il parle, le sultan à terre, prosterné, pleurant de joie ; la tente du roi, seule que les Francs aient pu dresser ; les cinq cents chevaliers autour de lui ; les chevaliers qui mettent pied à terre et s'assoient sur le sol ; la nuit du 3 au 4, les cris « Dieu est grand » et « Il n'y a de dieu que Dieu » montant jusqu'au ciel pendant que le sultan déploie ses archers et fait distribuer les flèches ; les citernes vidées, la chaleur, l'eau du lac tenue hors d'atteinte ; la grande croix prise ; le dimanche 5, la comtesse demandant un sauf-conduit pour elle, ses enfants, ses gens et ses biens, et le sultan tenant parole ; Tibériade assiégée « pour la seule raison » de faire sortir les Francs de leur position, et le siège levé sitôt la nouvelle reçue ; le feu mis aux herbes sèches par un volontaire et le vent qui porte la fumée sur l'ennemi ; Taqi al-Din ouvrant ses rangs devant le comte de Tripoli ; les deux serments de tuer Renaud, pour La Mecque et Médine (le raid de la mer Rouge, hiver 1182-1183) puis pour la caravane ; la prime de cinquante dinars, les deux cents décapités, « les plus acharnés de tous les guerriers francs », l'ordre envoyé au gouverneur de Damas de tuer ceux qui s'y trouvaient. Imad al-Din al-Isfahani, secrétaire de la chancellerie, présent à Hattin, qui écrit après 1193 en prose ornée : les quatre cents charges de flèches et les soixante-dix chamelles de réserve (d'après Lyons et Jackson, qui le suivent) ; « Je purifierai la terre de ces deux races impures », les lettrés, les soufis et les dévots demandant chacun à tuer le sien, la manche retroussée, le sultan « le visage joyeux » sur son estrade, ceux qui frappent net et qu'on remercie, ceux qui se rendent ridicules et qu'on remplace, deux jours après la victoire. La maladie de Harran, qui l'immobilise au début de 1186, et le cadi al-Fadil le pressant de jurer de se donner à la guerre sainte s'il guérissait. Le maître du Temple, Gérard de Ridefort, épargné, libéré en 1188, tué devant Acre en 1189.
Contesté, légende
La tente rouge du roi Guy, qu'on lit partout : aucune source, c'est une addition moderne. « Un roi ne tue pas un roi » : resserrage moderne du mot rapporté par Ibn Shaddad, que le texte donne au plus près. La mort de Renaud : Ibn Shaddad en donne deux versions dans le même livre, la tête coupée de la main du sultan (chapitre des vertus, et c'est aussi la version d'Ibn al-Athir), puis le bras tranché à l'épaule et les assistants qui achèvent (récit de la bataille) ; Imad al-Din, seul présent, dit le coup à l'épaule, la chute, puis la tête tranchée sur ordre (lu par relais, non sur la page) ; le texte suit cette dernière, qui explique les deux autres. Du même Imad al-Din, par relais seulement, la réponse de Renaud aux reproches, qu'il n'avait fait que suivre la coutume des rois : non vérifiée sur la page, elle est restée hors du texte ; de même le sultan remontant à cheval entre les deux audiences, qu'on lit chez Amin Maalouf, n'a pas été retrouvé. La coupe : sorbet puis julep glacé chez Ibn Shaddad, eau glacée chez Ibn al-Athir, sirop dans une coupe d'or chez un continuateur franc ; chez Ibn al-Athir le mot du sultan est plus dur (« Cet impie n'avait pas ma permission de boire, et ne sauvera pas sa vie ainsi »). Le cri du sultan : « Give the lie to the Devil » chez Richards, « Away with the Devil's lie » chez Gabrieli ; et ce récit du fils, en trois temps, est mis en doute par Imad al-Din (Kedar). Le feu : pendant la bataille chez Ibn al-Athir, la nuit d'avant dans une chronique franque, le matin sur ordre du sultan dans une autre ; Kedar conclut à plusieurs feux, le texte en place un au matin. Qui a poussé le roi à quitter ses sources : Gérard de Ridefort, de nuit, sous la tente du roi, selon les chroniques franques ; Renaud lui-même, au conseil, selon Ibn al-Athir (le nombre des musulmans ? « une grosse charge de bois est bonne pour les feux de l'enfer ») ; Saladin ne pouvait pas le savoir, le texte n'en dit rien. La sœur de Saladin prise dans la caravane : légende franque du XIIIe siècle, démentie par les sources arabes ; elle voyageait dans une autre caravane, en mars 1187, et le sultan la fit escorter. Le frère du roi sous la tente : « Geoffroy » chez les auteurs arabes, alors que le frère pris à Hattin est le connétable Aimery ; le texte ne le nomme pas. L'âge du sultan : né en 532 de l'hégire, il a quarante-huit ou quarante-neuf ans ; Renaud, né vers 1125, et Guy, né vers 1150, n'ont pas de date de naissance sûre. À Harran, « on le crut mort » et le testament n'ont pu être confirmés et ont été écartés. Le trésor : quarante-sept dirhams dans un chapitre d'Ibn Shaddad, quarante dans un autre ; chiffre d'un admirateur, pas d'un comptable. Les morts des deux ordres : deux cents (Ibn al-Athir), « au moins cent » amenés sitôt la prime offerte (Imad al-Din), deux cent trente Templiers selon une lettre du Temple. Les gens de la caravane : mis au cachot dans un chapitre d'Ibn Shaddad, tués dans un autre ; le texte garde le cachot, que suppose le mot de Renaud. Urbain III mort de chagrin à la nouvelle de Hattin : tradition de chroniqueurs, contestée dès le Moyen Âge, et écartée de la chute. Richard et Saladin face à face : jamais, tout passa par des intermédiaires ; le duel vient de Walter Scott. Les effectifs : douze mille cavaliers réguliers chez Saladin, vingt à quarante mille hommes en tout selon les auteurs ; douze cents chevaliers et dix-huit à vingt mille hommes chez les Francs.
Le dispositif
Le samedi 4 juillet 1187, de l'avant-aube au soir, en « je » et au présent : la nuit des flèches, le feu, les charges vues depuis l'étrier à côté d'al-Afdal, puis les deux audiences sous la tente, la coupe et le sabre. Imaginé : la voix intérieure tout entière (Saladin n'a rien écrit), la nuit blanche, l'éclaireur et son « Ils marchent », le « Maintenant », le regard de Renaud et ce qu'il comprend de la coupe, le silence d'al-Afdal le soir, Imad al-Din écrivant près de lui, la coupe finale ; la décision sur les Templiers et les Hospitaliers est placée le soir du 4 alors que la prime et l'exécution datent du lundi 6, devant Tibériade. Les paroles dites sur le champ de bataille, sous la tente et devant les moines soldats sont celles des sources.