Tolstoï

La salle d'attente, Chtchokino, 28 octobre 1910

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Salle d'attente de la gare de Chtchokino, à sept verstes de Iasnaïa Poliana, 28 octobre 1910, vers sept heures du matin. Il a quatre-vingt-deux ans. Il s'est enfui de chez lui il y a une heure, dans la nuit, avec son médecin. Le train est à huit heures.

Le poêle fume. Un paysan dort la tête sur son sac. Le télégraphe cliquette derrière la cloison, et chaque fois qu'il cliquette je pense : c'est elle. Douchan a pris deux billets de seconde jusqu'à Gorbatchevo, pas plus loin, pour qu'on ne sache pas où nous allons ; je ne le sais pas non plus. J'ai quatre-vingt-deux ans. Je me suis enfui de chez moi cette nuit comme un collégien, et j'attends le train de huit heures en regardant la porte.

Je vais dire ce qui s'est passé, dans l'ordre, comme au journal ; soixante-trois ans de journal m'ont laissé cette manie : rien n'est arrivé tant que ce n'est pas écrit. À trois heures je me suis réveillé. Des pas. La porte du bureau. Par la fente, une lumière : elle fouillait mes papiers, comme les autres nuits ; elle cherche le testament, elle le cherche depuis juillet. J'ai attendu qu'elle repasse à pas de loup, elle qui a soixante-six ans et n'a plus le pied léger. Et alors une chose m'est montée que je n'ai pas le droit d'avoir, et que j'ai eue : de la répulsion. J'ai compté mon pouls : quatre-vingt-dix-sept. Puis elle est entrée, étonnée de voir de la lumière, demander des nouvelles de ma santé. J'ai dit que ça allait. C'est à ce moment-là, en disant que ça allait, que j'ai décidé.

J'ai réveillé Douchan, puis Sacha. On a fait les bagages dans le noir, à tâtons, pour qu'elle n'entende pas ; je tremblais à l'idée de la scène, des cris, de l'hystérie qui rendrait le départ impossible. Je suis allé aux écuries moi-même, avec la lanterne. Une nuit à ne pas voir sa main. Je me suis perdu dans le fourré du jardin que je connais depuis quatre-vingt-deux ans, je me suis piqué, j'ai heurté les arbres, je suis tombé, j'ai perdu mon bonnet, je ne l'ai pas retrouvé. Je suis rentré en prendre un autre. Voilà le grand départ du comte Tolstoï, si les journaux l'apprennent : un vieillard sans bonnet dans les buissons, qui a peur de sa femme. Adrian a attelé ; Filka est parti devant à cheval avec une torche pour nous montrer la boue. À chaque cahot je regardais derrière.

Elle dort. Elle se lève à onze heures. Elle trouvera la lettre sur la table. Je la sais par cœur, je l'ai écrite une première fois il y a treize ans et je ne l'ai pas donnée : ma position dans la maison est devenue insupportable ; je fais ce que font les vieillards de mon âge, ils quittent la vie du monde pour passer leurs derniers jours dans la solitude ; je te remercie pour les quarante-huit années de vie honnête que tu as passées avec moi ; pardonne-moi tout ce dont j'ai été coupable envers toi, comme je te pardonne de tout mon cœur ; ne viens pas me chercher. Une bonne lettre. C'est-à-dire une lettre où tout est vrai et où rien n'est dit.

Ce qui n'est pas dit tient en une ligne : je ne pars pas vers Dieu, je pars loin d'elle. Non. Les deux. Ne pas mentir, ici surtout. Les deux, et je ne saurai jamais dans quelle proportion. Voilà la vérité ; elle n'est pas belle ; et j'ai passé trente ans à écrire qu'il n'y en avait pas d'autre qui vaille.

Quarante-huit ans. Elle en avait dix-huit. Avant la noce, je lui ai fait lire mes journaux : la gonorrhée de Kazan, attrapée là où on l'attrape, dont ma première page de journal, à dix-huit ans, est le compte rendu ; les tziganes ; la maison où je suis né, perdue aux cartes et démontée poutre par poutre ; Axinia, la femme de ce village, dont j'avais écrit que je l'aimais « comme un mari », et son fils, qui a ma tête et qui est cocher chez mes fils. Elle a pleuré toute la nuit. J'appelais ça de la sincérité. J'ai mis quarante-huit ans à comprendre que c'était aussi de la cruauté, et que je n'ai jamais su séparer les deux ; mes livres sont faits de ce mélange, et mon mariage aussi. Elle a recopié Guerre et Paix la nuit, des milliers de pages de ma patte que personne d'autre ne déchiffrait ; elle a porté treize enfants, six sont morts ; et pendant ce temps j'écrivais dans mon journal, qu'elle lisait, ce que je pensais d'elle. On dit qu'elle est folle. Les médecins sont venus en juillet, ils ont dit un mot grec. C'est commode, un mot grec. Elle est folle de quarante-huit ans de moi : d'un homme qui prêchait la chasteté et la mettait enceinte, qui donnait ses biens aux hommes et les lui laissait à gérer, qui l'a fait lire, et lire, et lire.

Et cette nuit elle fouillait mes papiers pour un testament que j'ai signé en juillet sur une souche, dans la forêt de Grumont, devant trois témoins, comme un conspirateur. Tchertkov m'a entraîné dans une lutte ; je l'ai écrit dans le petit journal que je cachais dans ma botte, parce qu'à quatre-vingt-deux ans j'en étais à cacher un cahier dans ma botte ; cette lutte m'est répugnante, et je la mène. Mes œuvres à tous, gratuites : c'est juste. Que ce soit fait en cachette de ma femme, avec la fille contre la mère : c'est ce que j'ai passé ma vie à condamner chez les autres. Je le sais, et j'ai signé. Un homme peut savoir et faire quand même ; c'est même sa définition.

Le télégraphe. Non. Un marchand est entré, il m'a regardé, il a détourné les yeux ; ils ont tous vu ma barbe sur les cartes postales. Il ne dira rien. Ou il dira. Il est sept heures et quart.

De Dieu, je ne parle plus dans le journal ces temps-ci ; j'y parle d'elle. C'est le signe. La corde, je l'ai cachée à cinquante ans pour ne pas me pendre à la poutre de mon bureau, et j'ai cessé d'emporter le fusil à la chasse ; je l'ai écrit, on l'a imprimé, et pour la suite on m'a excommunié. À Arzamas, à quarante et un ans, dans une auberge, à deux heures du matin, la mort est venue s'asseoir dans la chambre et j'ai su qu'elle ne s'en irait plus. Elle ne s'en est pas allée ; nous nous sommes habitués l'un à l'autre. Ce que je fuis ce matin, ce n'est pas elle. Le 3 octobre, je suis tombé dans une crise, j'ai parlé sans savoir, et quand je suis revenu, ma femme était penchée sur moi. Voilà de quoi j'ai eu peur : mourir dans cette maison, sous ce visage-là, entouré de gens qui se disputeraient mes papiers au-dessus du lit. Ce n'est pas une raison sainte. C'est la mienne.

Où aller, Douchan me l'a demandé deux fois. Optina d'abord, les moines ; je n'entrerai pas chez les startsy, je marcherai devant leur porte. Puis Macha, ma sœur, dans son couvent de Chamordino ; louer une isba au village, avec un poêle, et se taire. Ou plus loin, le sud, le Caucase, où j'ai été jeune. Un homme de quatre-vingt-deux ans qui part vivre chez les paysans avec son médecin et deux valises, je sais ce que c'est : un enfant qui fait une fugue, et à qui il reste peu de temps pour la finir. Je pars quand même. Ce que j'ai sauvé cette nuit, ce n'est pas Léon Nikolaïevitch, qui ne vaut pas le dérangement ; c'est ce qui, parfois, ne serait-ce qu'un tout petit peu, existe en lui.

Nikolaï, mon frère, avait dix ans quand il nous a dit que le secret pour que tous les hommes soient heureux était écrit sur un bâtonnet vert, enterré au bord du ravin du Vieux Zakaz. Nous l'avons cherché des étés entiers, à genoux. Il est mort dans mes bras à Hyères, il toussait, il avait trente-sept ans ; rien dans ma vie ne m'a fait une impression pareille, je l'ai écrit à Fet. J'ai demandé, dans mes souvenirs, qu'on m'enterre là, au bord du ravin, au bâtonnet vert. C'est la seule chose que j'ai crue sans interruption depuis mes cinq ans. Tout le reste, j'y ai cru par périodes.

Le train. Il vient de Toula, il fume, on l'entend avant de le voir. Personne n'a couru. Douchan me tend mon billet. Je prends ma valise moi-même, on me la laisse. Pour la première fois en quatre-vingt-deux ans, ce que j'écris et ce que je fais montent dans le même wagon. On verra jusqu'où il va.


Le train partit à huit heures ; personne n'avait couru. Gorbatchevo, puis un wagon de troisième bondé et enfumé jusqu'à Kozelsk ; Optina, où il marcha autour du skite sans entrer chez les startsy ; Chamordino, sa sœur Maria, nonne depuis vingt ans, et une isba au village qu'il visita pour la louer. Le 30 au soir, Sacha arriva avec les lettres : Sofia s'était jetée dans l'étang, on l'en avait tirée, elle suppliait, « sauve-moi d'un second suicide ». Ils repartirent le 31 à quatre heures du matin, billets pour Rostov-sur-le-Don, sans savoir après. Dans le wagon surchauffé il sortit sur la plateforme et prit froid ; l'après-midi, la fièvre montait ; à 18 h 35, Makovitski le fit descendre à Astapovo, petite gare de la ligne Riazan-Oural, où le chef de gare, Ivan Ozoline, lui donna sa maison. Pneumonie. En sept jours, la gare devint le centre du monde : télégrammes, journalistes de toute l'Europe, les opérateurs de Pathé, la police, le Synode qui dépêcha le starets Varsonofi d'Optina, que Sacha ne laissa pas entrer. Sofia arriva le 2 par train spécial avec ses enfants ; on la tint dans le wagon, puis on la photographia à la fenêtre de la maison ; Sergueï et Tatiana furent admis le 3. Ce jour-là, il écrivit, à peine lisible, la dernière page de soixante-trois ans de journal : « Voilà mon plan. Fais ce que dois, adv... Et tout est pour le bien des autres et surtout pour le mien. » La maxime en français est restée inachevée. Il dit à ceux qui l'entouraient : « Il y a beaucoup de gens sur la terre, et vous ne regardez que Léon », et : « chercher, toujours chercher ». On laissa entrer Sofia le 7 vers cinq heures du matin, quand il ne reconnaissait plus personne ; il mourut à 6 h 05. Elle écrivit dans son journal : « On ne m'a pas laissée dire adieu à mon mari. Des gens cruels. » Le 9, à Iasnaïa Poliana, les paysans portèrent le cercueil jusqu'au bord du ravin du Vieux Zakaz, à l'endroit du bâtonnet vert, sans prêtre, sans croix ; des milliers de gens s'agenouillèrent et chantèrent la Mémoire éternelle ; sur une toile, les paysans avaient écrit : « Léon Nikolaïevitch, le souvenir de ton bien ne mourra pas parmi nous, paysans orphelins de Iasnaïa Poliana. » La tombe est une butte d'herbe sans nom. Sofia lui survécut neuf ans, gardant la maison intacte. Tchertkov lança l'édition complète : quatre-vingt-dix volumes, dont treize de journaux. La gare d'Astapovo s'appelle aujourd'hui Lev Tolstoï.

Le vrai et la légende

Ce qui est de sa main, ce qui est documenté, ce qui est contesté, et la part inventée.

De sa main

Soixante-trois ans de journal (mars 1847 - 3 novembre 1910), commencé à dix-huit ans à la clinique de l'université de Kazan ; première entrée : « j'ai attrapé une gonorrhée, là, cela va sans dire, où on l'attrape d'ordinaire ». Règles de vie, listes de fautes (« paresse, vanité, luxure »), et un grand trou : presque rien pendant Guerre et Paix et Anna Karénine. Le journal du 28 octobre 1910, écrit dans le train : réveillé à trois heures, des pas, la lumière par la fente de la porte, Sofia qui fouille ses papiers comme les nuits précédentes, « une répulsion et une indignation irrésistibles », le pouls compté à 97, Sofia qui entre demander « de ma santé », la décision « définitive » de partir, la lettre, les bagages dans le noir avec Douchan et Sacha, la peur de « la scène, l'hystérie », l'écurie, le jardin où il se perd, se pique, se heurte aux arbres, tombe et perd son bonnet, la lanterne, « je tremblais en attendant qu'on nous rattrape », l'heure d'attente à Chtchokino où « à chaque minute je m'attendais à la voir apparaître », puis dans le wagon la peur qui passe et « la pitié pour elle » qui monte, et : « il me semble que je me suis sauvé, non pas Léon Nikolaïevitch, mais ce qui parfois, ne serait-ce qu'un tout petit peu, existe en moi ». La lettre laissée à Sofia : « ma position dans la maison est devenue insupportable... je fais ce que font d'ordinaire les vieillards de mon âge : ils quittent la vie du monde pour vivre dans la solitude et le silence leurs derniers jours... je te remercie pour les quarante-huit ans de vie honnête que tu as passés avec moi et je te demande de me pardonner tout ce dont je fus coupable envers toi, comme je te pardonne de tout mon cœur tout ce dont tu as pu être coupable envers moi... je te prie de ne pas venir me chercher » ; une première lettre de départ, jamais remise, datait de 1897. Le « journal pour moi seul » de 1910, caché dans la tige de sa botte : « Tchertkov m'a entraîné dans une lutte, et cette lutte m'est très pénible et répugnante ». Le journal de 1858-1860 sur Axinia Bazykina : « je suis amoureux comme jamais de ma vie », « ce n'est plus le sentiment d'un cerf, mais d'un mari pour sa femme ». La lettre à Fet d'octobre 1860 sur son frère Nikolaï : « il est mort littéralement dans mes bras... rien dans ma vie ne m'a fait une telle impression ». La lettre à Sofia du 4 septembre 1869 sur la nuit d'Arzamas : « une angoisse, une peur, une terreur comme je n'en ai jamais éprouvé ». La Confession (1879-1882) : la corde cachée pour ne pas se pendre à la poutre entre les armoires de son bureau, la chasse sans fusil pour ne pas céder. Les Souvenirs (1903-1906) : le bâtonnet vert des « frères fourmis », enterré par Nikolaï au bord du ravin du Vieux Zakaz, et le vœu d'être enterré là. La dernière entrée du journal, 3 novembre 1910, à Astapovo, à peine lisible : « Voilà mon plan. Fais ce que dois, adv... Et tout est pour le bien des autres et surtout pour le mien. » La maxime est en français, et inachevée.

Documenté (par des tiers)

Makovitski (Douchan Petrovitch, le médecin slovaque, qui nota tout ce que Tolstoï disait de 1904 à 1910), Sacha (Alexandra, la fille cadette), Varvara Feokritova, Boulgakov (le secrétaire de 1910), Sofia (journal, « Ma vie »), Ozoline le chef de gare, les enfants Sergueï et Tatiana. La nuit : le cocher Adrian, le palefrenier Filka à cheval devant la calèche avec une torche, la boue ; à Chtchokino, deux billets de seconde jusqu'à Gorbatchevo seulement, pour ne pas laisser de trace ; Sofia réveillée vers onze heures, la lettre, la course à l'étang, repêchée par Sacha, Boulgakov et le cuisinier. Avant : les journaux de jeune homme donnés à lire à la fiancée de dix-huit ans (« j'ai pleuré toute la nuit »), Axinia vue laver les planchers de la maison (« cette grosse paysanne blanche... j'ai envie de brûler son journal »), Timofeï Bazykine, le fils d'Axinia, cocher au domaine chez les fils légitimes ; treize enfants, six morts avant 1910 ; les copies nocturnes de Guerre et Paix ; la maison natale perdue aux cartes en 1854, démontée et remontée dans un village voisin ; l'été 1910 : l'opium bu devant lui, le pistolet d'enfant, les fenêtres guettées la nuit, les portraits de Tchertkov arrachés, les psychiatres du 19 juillet (« paranoïa, hystérie ») ; le testament du 22 juillet, écrit et signé assis sur une souche dans la forêt de Grumont devant Goldenweiser, Sergueïenko et Radynski (toute l'œuvre au domaine public, Sacha héritière, Tchertkov maître des manuscrits) ; la crise du 3 octobre, convulsions et perte de connaissance ; le cheval monté jusqu'aux derniers jours. Après Chtchokino : Optina (il marche autour du skite, n'entre pas chez les startsy), Chamordino chez sa sœur Maria, nonne, l'isba visitée pour la louer, Sacha arrivée le 30 avec les lettres (Sofia : « sauve-moi d'un second suicide »), le départ le 31 à quatre heures du matin, les billets vers Rostov-sur-le-Don, le wagon surchauffé, la plateforme, la fièvre à 40, Astapovo à 18 h 35, la maison d'Ozoline, la pneumonie, les télégrammes du monde entier, les opérateurs de Pathé, le Synode qui envoie le starets Varsonofi (pas admis), Sofia arrivée le 2 par train spécial, tenue dans son wagon puis photographiée à la fenêtre de la maison, admise le 7 vers cinq heures du matin quand il ne reconnaissait plus personne ; mort à 6 h 05. Mots rapportés par plusieurs témoins : « Il y a beaucoup de gens sur la terre, et vous ne regardez que Léon », « chercher, toujours chercher », « voilà la fin, et ce n'est rien ». Enterré le 9 au bord du ravin du Vieux Zakaz, sans prêtre, sans croix, sans nom, des milliers de gens à genoux, la banderole des paysans. Journal de Sofia, le 7 : « On ne m'a pas laissée dire adieu à mon mari. Des gens cruels. »

Contesté, légende

Les derniers mots exacts (« la vérité... j'aime beaucoup... eux tous »). Le but du voyage : mourir en ermite, revenir à l'Église (version du Synode, appuyée sur Optina et Chamordino, que ses proches nient : il n'a pas franchi la porte du starets), fuir Sofia, gagner le Caucase ou la Bulgarie ; les billets disent Rostov, rien de plus. La folie de Sofia : diagnostic obtenu par le camp Tchertkov ; hystérie, ou réaction d'une femme espionnée par ceux qui l'accusaient d'espionner. Les « sept copies de Guerre et Paix » (elle a recopié des milliers de pages, personne n'a compté). Timofeï « portrait de son père » (ressemblance dite par les paysans). La légende du saint et celle du tyran domestique, toutes deux vraies à moitié.

Le dispositif

La salle d'attente de Chtchokino, entre l'attelage et le train : le seul moment de la fuite où il ne fait rien, où l'on peut encore le rattraper, et dont il a lui-même écrit qu'il y regardait la porte à chaque minute. L'homme qui a tenu soixante-trois ans de journal-tribunal se juge une dernière fois, sans cahier. Voix simple et lourde, à la manière du journal : phrases courtes, concret paysan (poêle, boue, bonnet, botte), auto-accusation sans complaisance et sans sermon, tendresse rentrée. Ce qu'il dit de la nuit, de la lettre, du journal, du testament, d'Axinia, de Nikolaï, d'Arzamas, de la corde est adossé aux sources ; le reste est imaginé et assumé.

À écouter ensuite

Napoléon

la nuit du poison, Fontainebleau, 12-13 avril 1814

Palais de Fontainebleau, nuit du 12 au 13 avril 1814, entre trois heures et l'aube.

12 min